vendredi 12 avril 2019

Du bonheur : un voyage philosophique (Documents) (French Edition)

Prologue

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grec Aristote soulignait déjà cette ambiguïté : « Il est difficile de savoir si le bonheur est une chose qui peut s’apprendre , ou s’il s’acquiert par l’habitude ou quelque autre exercice , ou si enfin il nous échoit en partage par une certaine faveur divine ou même par le hasard2 .

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Sigmund Freud , le père de la psychanalyse , a fort bien éclairé ce point en soulignant que « c’est la constitution psychique de l’individu qui sera décisive . L’être humain chez qui prédomine l’érotisme donnera la priorité aux relations de sentiment avec d’autres personnes ; le narcissique , se contentant plutôt de lui - même , cherchera ses satisfactions essentielles dans ses phénomènes psychiques internes ; l’homme d’action restera attaché au monde extérieur sur lequel il peut mettre sa force à l’épreuve3

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nous . Nous sommes conditionnés mais pas déterminés à être plus ou moins heureux .

2- Au jardin des plaisirs, avec Aristote et Épicure

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Reprenant l’adage d’Héraclite selon lequel « un âne préférera la paille à l’or » , Aristote rappelle que le plaisir est fonction de la nature de chacun , et il est conduit à s’interroger sur la spécificité de la nature humaine .

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L’être humain est le seul être vivant doté d’un noos , mot grec que l’on traduit généralement par « intellect » , mais que je traduirai plutôt par « esprit » , car il signifie pour Aristote non pas simplement l’intelligence ou la raison au sens moderne du terme , mais le principe divin qui se trouve en tout être humain .

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Aristote en conclut que le plus grand plaisir , pour l’homme , réside donc dans l’expérience de la contemplation , source du bonheur le plus parfait

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Faisons au contraire tout notre possible pour nous rendre immortels et pour vivre conformément à la partie la plus excellente de nous - mêmes , car le principe divin , si faible qu’il soit par ses dimensions , l’emporte de beaucoup sur tout autre chose par sa puissance et sa valeur . [ … ] Le propre de l’homme , c’est donc la vie de l’esprit , puisque l’esprit constitue essentiellement l’homme . Une telle vie est également parfaitement heureuse20 .

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Aristote souligne avec force que la poursuite du bonheur constitue toujours une poursuite du plaisir ,

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recherche du maximum de plaisir avec le maximum de raison .

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Ce qui fait la grandeur mais aussi le bonheur de l’être humain , c’est qu’il peut , par sa raison , devenir vertueux , et , par une activité volontaire , cultiver les différentes vertus : courage , modération , libéralité , magnanimité , douceur , humour , justice , etc .

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Épicure , formule une éthique du bonheur fondée sur le plaisir . Contrairement à son prédécesseur , il ne croit pas en un principe divin présent chez l’être humain .

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ce que prônent Aristote comme Épicure , c’est une qualité et un juste équilibre des plaisirs .

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Cet équilibre passe par des exercices physiques quotidiens qui permettent de conserver le corps en bonne santé tout en lui apportant du plaisir .

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Par une alimentation savoureuse et mesurée : privilégier la qualité sur la quantité .

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écoles de sagesse de l’Antiquité proposaient à leurs élèves des exercices psychocorporels dont nous avons perdu le détail mais qui devaient être proches des exercices asiatiques tels que le yoga , le tai - chi ou bien certains arts martiaux , lesquels constituent aujourd’hui de précieux adjuvants pour mieux habiter notre corps , être plus attentifs à nos perceptions sensorielles , trouver du plaisir dans la respiration , le mouvement , la tension ou la détente musculaires .

3- Donner du sens à sa vie

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deux acceptions du terme : nous lui donnons à la fois une direction et une signification .

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comme essentiel au bonheur . Ainsi les sociologues placent - ils ces deux facteurs – plaisir et sens – parmi les premières raisons invoquées du « bien - être subjectif

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Viktor Frankl – rescapé des camps de la mort et dont la pensée s’est construite à partir de cette terrible expérience – lui a répondu en défendant une thèse diamétralement opposée : l’être humain est fondamentalement mû par la quête de sens .

4- Voltaire et l’imbécile heureux

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André Comte - Sponville souligne à juste titre que « la sagesse indique une direction : celle du maximum de bonheur dans le maximum de lucidité » . Et de rappeler que si le bonheur est le but de la philosophie , il n’en est pas la norme34 .

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La raison nous permet de fonder le bonheur sur la vérité , non sur une illusion ou sur le mensonge .

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le bonheur , c’est la conscience d’un état de satisfaction global et durable dans une existence signifiante fondée sur la vérité .

5- Tout être humain souhaite-t-il être heureux ?

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Car il n’apparaît pas à tous comme la valeur suprême . Une valeur n’est pas le fruit d’un besoin naturel , c’est une construction rationnelle ; libre à chacun de placer une autre valeur au - dessus de celle - là , quitte à sacrifier en partie la seconde à la première , qu’il s’agisse de la justice ou de la liberté , par exemple .

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Comme le souligne le philosophe Alain , « il est impossible que l’on soit heureux si l’on ne veut pas l’être ; il faut donc vouloir son bonheur et le faire40

6- Le bonheur n’est pas de ce monde : Socrate, Jésus, Kant

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C’est le cas du grand philosophe allemand des Lumières Emmanuel Kant pour qui le bonheur ne doit pas être recherché en tant que tel , mais doit résulter d’une morale : « Fais ce qui te rend digne d’être heureux .

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Le plus important est d’observer une ligne de conduite droite , conforme à la raison , d’accomplir son devoir .

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De fait , les enquêtes contemporaines montrent que la conscience de mener une vie morale ou religieuse empreinte de droiture est un indice important du bonheur .

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» . Il en conclut qu’on ne peut raisonnablement espérer atteindre au bonheur véritable qu’après la mort ( béatitude éternelle ) , comme récompense accordée par Dieu à ceux qui ont su mener une existence morale juste . Il rejoint par là la doctrine de nombreuses religions selon lesquelles un bonheur profond , stable et durable ne peut exister que dans l’au - delà , et sera déterminé par la qualité de la vie religieuse et morale menée ici - bas .

7- De l’art d’être soi-même

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Nul ne pourra être heureux s’il veut aller à contre - courant de sa nature profonde .

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C’est ce que le psychologue suisse Carl Gustav Jung appelle le « processus d’individuation » , qui se réalise bien souvent aux alentours de la quarantaine , quand nous dressons un premier bilan de notre existence .

8- Schopenhauer : Le bonheur est dans notre sensibilité

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• Ce que nous sommes : personnalité , force , beauté , intelligence , volonté … ; • Ce que nous avons : avoirs et possessions ; • Ce que nous représentons : position sociale , renommée , gloire .

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C’est en revanche sur ce point que je diverge d’avec Schopenhauer . S’il a raison de souligner que le bonheur relève essentiellement de la sensibilité et de la personnalité , il sous - estime grandement le fait qu’on puisse , par un travail sur soi , agir précisément sur sa propre sensibilité pour la rendre plus épanouie , et , par là même , mieux parvenir à réaliser ses aspirations les plus profondes .

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monde . Je pense donc , comme Schopenhauer , que le bonheur et le malheur sont en nous , et qu ’ « avec le même environnement , chacun vit dans un autre monde54

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Mais je suis convaincu , contrairement à lui , que nous pouvons modifier notre monde intérieur .

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• Il existe une prédisposition génétique à être heureux ou malheureux . • Les conditions extérieures ( cadre géographique , lieu de vie , milieu social , statut marital , richesse ou pauvreté , etc . ) exercent à cet égard une faible influence . • On peut être plus ou moins heureux en modifiant la perception qu’on a de soi - même et de la vie , en modifiant son regard , ses pensées , ses croyances .

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Pr Sonja Lyubomirsky , qui dirige le département de psychologie de l’université de Californie , à Riverside , affirme qu’on peut estimer à environ 50 % les aptitudes au bonheur dépendant de la sensibilité de l’individu ( déterminants génétiques ) , à 10 % celles relevant de son cadre de vie et des conditions extérieures , à 40 % celles qui sont tributaires de ses efforts personnels55 .

9- L’argent fait-il le bonheur ?

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le rôle déterminant de la comparaison sociale dans le sentiment de bonheur .

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Jules Renard : « Il ne suffit pas d’être heureux , encore faut - il que les autres ne le soient pas !

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Voilà qui révèle la nocivité d’une trop forte disparité des revenus au sein d’une même société , par la frustration qu’elle engendre , mais aussi combien la « globalisation médiatique » peut avoir un effet négatif sur le bonheur des individus qui sont de plus en plus enclins à comparer leurs avoirs à ceux des autres ,

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qui était au départ de simples commodités devient rapidement des besoins , et on est « malheureux de les perdre sans être heureux de les posséder60 » . Que dirait - il aujourd’hui où vivre

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sans voiture , sans télévision , sans ordinateur ni téléphone portable semble impensable à l’immense majorité de ceux qui ont déjà fait l’acquisition de tels objets ?

10- Le cerveau des émotions

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Ainsi , une personne ayant un bon équilibre en GABA va avoir tendance à se montrer bienveillante et dévouée ; elle sera aussi capable d’accueillir les problèmes avec un certain détachement . Ce neuromédiateur est également impliqué dans la production d’endorphines , molécules libérées pendant l’effort physique , que ce soit le sport ou les relations sexuelles , créant une sensation d’euphorie . Mais si le GABA se trouve en excès dans le cerveau , la personne sera encline à se sacrifier pour les autres et à devenir dépendante d’eux . En revanche , une sévère carence du même neurotransmetteur peut générer une certaine instabilité et une propension à perdre le contrôle de soi .

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Notre vie émotionnelle est ainsi considérablement influencée par notre cerveau et par toutes les substances chimiques sécrétées par notre corps . Celles - ci exercent un rôle important dans notre aptitude au bonheur ou au malheur , ainsi que l’avait pressenti Schopenhauer sans avoir , à l’époque , aucune connaissance du fonctionnement chimique de notre organisme .

11- De l’art d’être attentif… et de rêver

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dont le psychiatre Christophe André est en France l’un des principaux promoteurs68 . L’expérience de la méditation silencieuse permet de fixer l’attention sans la crisper , d’apaiser le mental , de calmer la ronde incessante des pensées , de se ressourcer intérieurement .

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si notre bonheur tient pour beaucoup à notre capacité à vivre dans l’instant présent , il dépend aussi de notre aptitude à nous remémorer des moments heureux de notre vie .

12- Nous sommes ce que nous pensons

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réalité , me semble - t - il , est qu’il existe une interaction permanente des affects et des pensées ,

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Ce qui importe , c’est que dans les deux cas , on peut agir sur ses émotions pour faire évoluer pensées et croyances , tout comme on peut agir sur ses pensées et ses croyances pour mieux réguler sa vie émotionnelle .

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C’est aussi un des apports majeurs de la méditation : par cet exercice quotidien de mise à distance de nos pensées et de nos émotions , nous apprenons à ne plus nous identifier aux émotions qui surgissent inopinément , ou à nous laisser envahir par la moindre pensée .

13- Le temps d’une vie

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Tout l’intérêt du travail sur soi , de la quête de sagesse , consiste précisément à pouvoir élever notre « point fixe » de satisfaction afin que le bonheur soit pour nous de plus en plus intense , profond et durable .

14- Peut-on être heureux sans les autres ?

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Diogène Laërce rapporte que lorsqu’on demandait à Aristote ce qu’était un ami , il avait coutume de répondre : « Une seule âme résidant en deux corps83 .

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De nombreuses études scientifiques ont en effet montré qu’il existe un lien entre bonheur et altruisme

15- La contagion du bonheur

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moral d’être heureux . André Gide , dans Les Nourritures terrestres , l’exprime fort bien : « Il y a sur terre de telles immensités de misère , de détresse , de gêne et d’horreur , que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur . Et pourtant , ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui - même .

16- Bonheur individuel et bonheur collectif

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On en trouve déjà l’expression dans un récit datant du IIIe millénaire avant notre ère : l’Épopée de Gilgamesh , l’un des plus anciens textes de l’humanité , lequel dénonce la démesure propre à la quête d’immortalité et valorise la recherche ici - bas d’un bonheur à notre mesure .

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De même , l’Égypte ancienne poursuivait tout autant le bonheur ici - bas que dans l’au - delà et le concept de bonheur terrestre est fortement attesté dans la Bible hébraïque .

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S’il existe une différence entre les quêtes contemporaines du bonheur et celles des Anciens , elle ne concerne pas la poursuite du bonheur individuel ici et maintenant , mais tout autre chose : la séparation du bien individuel et du bien commun .

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Pour les sages de l’Antiquité , en effet , comme pour les sagesses orientales d’ailleurs , le bonheur solitaire n’existe pas .

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Les philosophes du xviiie siècle et les fondateurs de nos premières Républiques partageaient pleinement ce point de vue . Le bonheur individuel promis par les chantres des Lumières et figurant dans la Déclaration d’indépendance américaine s’inscrit dans le projet plus large d’un bonheur collectif .

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Du Dr Schweitzer à l’abbé Pierre , les chrétiens sociaux s’engageaient pour améliorer la condition de leurs semblables , et les hippies de la « contre - culture » brandissaient la bannière « Peace and Love » .

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révolution des mœurs de la fin des années 1960 ont marqué un profond tournant .

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On assiste alors à une extension accélérée des libertés individuelles dans le cadre d’une société en proie à un consumérisme exacerbé . De

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Chacun n’est plus préoccupé que par la quête de son plaisir immédiat , par sa réussite personnelle et par la défense de ses intérêts . L’égocentrisme , l’indifférence aux

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Cependant , bien que ces comportements soient encore largement dominants , nous assistons , depuis une bonne dizaine d’années , à la naissance de ce que j’appellerais la « troisième révolution individualiste

17- La quête du bonheur peut-elle rendre malheureux ?

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Pascal Bruckner est beaucoup plus convaincant lorsqu’il

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dénonce « l’impératif de bonheur »

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mérite . Le sociologue allemand Max Weber a montré que la Réforme protestante « a fait sortir du monastère ascétisme chrétien et vie méthodique pour les mettre au sein de la vie active dans le monde103

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» . Le sacré s’écrit dorénavant avec la grammaire du profane : la discipline respectée par les moines pour assurer leur salut s’est progressivement muée en une autre forme d’astreinte : celle à laquelle chacun s’oblige en vue d’accéder au bonheur .

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Ascèse du coureur marathonien , de l’adepte assidu des salles de sport , de tous les sportifs de haut niveau ( l’exercice physique apparaît d’ailleurs bien souvent comme l’équivalence moderne des exercices spirituels des Anciens ) . Et tout simplement ascèse des parents qui jonglent entre métiers accaparants , enfants , hobbies , amis , et finissent par s’épuiser à vouloir tout mener de front .

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commencer par vouloir être très heureux ! Elles confirment les travaux du chercheur français Alain Ehrenberg sur « la fatigue d’être soi

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La dépression et l’addiction sont comme l’avers et l’envers de l’individu souverain104 .

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David Hume , « la grande fin de toute activité laborieuse de l’homme , c’est d’atteindre le bonheur . Dans ce but , les arts furent inventés , les sciences cultivées , les lois ordonnées , et les sociétés modelées par la plus profonde sagesse des patriotes et des législateurs105

18- Du désir à l’ennui : le bonheur impossible

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L’accoutumance est une qualité adaptative qui permet de supporter quelque chose de pénible et de répétitif . Elle présente néanmoins deux inconvénients : on peut s’habituer à un certain malheur et ne plus rechercher à être heureux ; à l’inverse , on peut s’habituer au bien - être et ne plus avoir conscience de son bonheur . Ce phénomène est accentué par le fait qu’afin de mieux parer aux dangers on prend davantage conscience des événements négatifs que des positifs . Notre cerveau est fait pour repérer les problèmes et se concentrer sur eux plutôt que pour s’attarder sur les événements positifs . Enfin l’insatisfaction nous fait rechercher toujours mieux et toujours plus : c’est ainsi que l’être humain a sans cesse cherché à améliorer son sort . Or cette qualité adaptative risque fort de faire obstacle au bonheur lorsque nous nous

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Kant conclut logiquement que le bonheur sur terre est inaccessible . Comme on l’a vu , il situe , à la suite de Platon , le bonheur dans l’au - delà . Pour les âmes nobles et droites , le vrai bonheur restera toujours ici - bas à espérer ; il ne faut pas le poursuivre , mais s’en rendre digne par son action vertueuse ou par la sainteté de sa vie .

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Schopenhauer partage le scepticisme kantien vis - à - vis du bonheur terrestre : « La satisfaction d’aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable . C’est comme l’aumône qu’on jette à un mendiant : elle lui sauve la vie aujourd’hui pour prolonger sa misère jusqu’à demain .

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Pour nombre de penseurs modernes , la définition du bonheur s’arrête là : un instant de répit entre deux moments de souffrance . C’est notamment le cas de Freud : « Ce qu’on nomme bonheur , au sens le plus strict , résulte d’une satisfaction plutôt soudaine de besoins ayant atteint une haute tension et n’est possible , de par sa nature , que sous forme de phénomène épisodique112 .

19- Le sourire du Bouddha et d’Épictète

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inversant la problématique , le sage cherche à adapter ses désirs au monde . Il vise à les maîtriser , à les limiter , voire à les neutraliser pour s’accorder au réel . Il peut ainsi être satisfait de sa vie , quels que soient les faits extérieurs qui surviennent et risquent de l’affecter . Autrement

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Se fait sentir le besoin d’un nouveau langage religieux , plus conforme aux progrès de la raison , et c’est ainsi qu’apparaissent des écoles de sagesse qui soit mettent les dieux anthropomorphiques de côté ( Épicure ) , soit les remplacent par la figure d’un Dieu unique accessible par la raison ( Aristote ) , ou bien encore par une conception panthéiste et immanente qui identifie le divin au cosmos . Cette dernière vision est celle des stoïciens .

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Devant tout ce qui t’arrive , pense à rentrer en toi - même et cherche quelle faculté tu possèdes pour y faire face . Tu

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proprement parler , d’ailleurs , les stoïciens ne prétendent pas annihiler les désirs , mais les convertir en volonté soumise à la raison .

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plus connu d’entre eux est la vigilance ( prosoché ) : une attention de chaque instant qui permet d’adopter l’attitude appropriée dès que surgit un événement extérieur ou une émotion intérieure . «

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les désirs suscités par notre imagination . Autre exercice important , qui semble quelque peu contradictoire avec le précédent : l’anticipation des événements fâcheux –

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Les stoïciens préconisent aussi l’examen de conscience quotidien ,

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La première vérité dresse le constat de la non - satisfaction .

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c’est , dit le Bouddha , le désir , la soif , l’avidité , l’attachement qui enchaînent l’être au samsara , la ronde incessante des morts et des renaissances , elle - même tributaire de la loi universelle de causalité qui régit le cosmos : le karma ( chaque acte produit un effet ) .

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La troisième vérité affirme que la guérison est possible : c’est , pour parvenir au tarissement complet de cette soif ,

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Ses huit composantes sont la compréhension juste , la pensée juste , la parole juste , l’action juste , le moyen d’existence juste , l’effort juste , l’attention juste et la concentration juste .

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la conduite éthique , la discipline mentale , la sagesse .

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Mais , du fait de notre ignorance , nous sommes dans le samsara , c’est - à - dire dans une perception erronée de la réalité , liée à l’ego et à l’attachement . La connaissance de la vraie nature des choses libère l’esprit des erreurs de perception et des émotions négatives . Cette libération consiste à prendre conscience de notre véritable nature , celle du Bouddha qui sommeille en nous et que nous devons réaliser .

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Le désir qu’il se propose d’abolir est celui qui crée de l’attachement ( tanha , en sanskrit ) ,

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alors qu’il encourage le désir

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noble de s’améliorer , de progresser dans la voie de la compassion , l’élan vers le bien ( chanda en sanskrit ) .

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Mais leurs similitudes ne portent pas que sur la psychologie humaine et le cheminement spirituel . Elles sont aussi frappantes dans leur compréhension philosophique du monde . L’un et l’autre ont une conception cyclique du temps

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On a souvent reproché , en Occident , au bouddhisme et au stoïcisme d’être des écoles de la passivité , concentrées sur le changement individuel , mais pas assez sur le changement social .

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Pour elles , ce qui est digne , ce n’est pas le rang social , mais la vertu . Celui qu’il convient d’admirer et d’imiter , ce n’est pas le monarque ou l’aristocrate , ni même le prêtre , mais le sage , c’est - à - dire celui qui a su se rendre maître de lui - même .

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Le bouddhisme a logiquement réfuté le système des castes , ce qui lui a valu d’être banni de l’Inde . Quant au stoïcisme , en proclamant l’égalité ontologique de tous les humains , porteurs du même logos divin , il a fait sauter le verrou aristocratique de la pensée grecque et préparé le terrain à l’égalitarisme comme à l’universalisme chrétien , puis moderne .

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Plus de deux mille ans avant la Déclaration universelle des droits de l’homme , les stoïciens sont les inventeurs du cosmopolitisme , idée selon laquelle tous les êtres humains sont citoyens du monde , mais aussi égaux en droits . Quant au bouddhisme , il est certainement la sagesse d’Orient la mieux disposée à comprendre un tel message , qui lui est consubstantiel .

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exhortent l’individu à la liberté et à l’autonomie , ce n’est pas à travers la satisfaction de tous ses désirs , mais , de manière radicalement inverse , à travers la maîtrise de soi et le détachement .

20- Le rire de Montaigne et de Tchouang-tseu

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quelques mots : rien n’est plus précieux que la vie , et pour être heureux , il suffit d’apprendre à aimer la vie et à en jouir avec justesse et souplesse , selon sa nature propre . Tchouang - tseu et Montaigne ont aussi un trait en commun : l’humour .

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Ces deux sceptiques se moquent des dogmatiques , se plaisent à raconter des anecdotes truculentes , tournent en dérision les suffisants , savent rire d’eux - mêmes et de leurs semblables .

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Si Montaigne prône ainsi une voie modeste et limitée , c’est qu’il est en quête d’une sagesse à sa mesure , c’est - à - dire conforme à sa nature , à ce qu’il est , lui , Michel de Montaigne .

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Car ce qu’il reproche aux grandes écoles de l’Antiquité , ce n’est pas seulement le caractère presque inaccessible de leur idéal , c’est aussi le systématisme de leur doctrine , réputée devoir s’appliquer à tous .

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Montaigne affirme avoir la foi et croire en Dieu , mais il est convaincu que cette foi ne peut être que le fruit d’une révélation divine dans le cœur de chaque homme .

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absolu . Il convient , pour lui , de chercher un équilibre entre dogmatisme et scepticisme , ainsi que le philosophe Marcel Conche l’a fort bien exprimé dans son essai , Montaigne ou la conscience heureuse : « Avec les sceptiques , il convient de suspendre son jugement au sujet des choses elles - mêmes et de renoncer à exprimer l’être de quoi que ce soit . Avec les dogmatiques , il faut s’essayer à juger et à vivre de la vie de l’intelligence . On ne sera pas sceptique , car on se formera une opinion et on n’hésitera pas à la donner ; on ne sera pas dogmatique , car on ne prétendra pas exprimer la vérité , mais seulement ce qui , pour nous , à un moment donné , en a l’apparence128 . » Ce que Montaigne reproche aux philosophes , ce n’est donc pas d’exprimer leur opinion : au contraire , celle - ci nous est précieuse et nous incite à réfléchir ; c’est de prêter à leur réflexion l’apparence d’une vérité absolue . Or nous ne pouvons penser le monde , ou Dieu , qu’à partir de nous - mêmes et des contingences de nos vies . C’est pourquoi le philosophe ne peut jamais atteindre à des certitudes . Il ne peut transmettre que des intimes convictions . Autrement dit , une philosophie exprime d’abord et avant tout ce que voit , ressent et pense un homme dans une société donnée et à un moment précis de l’histoire . Un homme de tempérament pessimiste produira une philosophie marquée du sceau du pessimisme , tout comme un optimiste sera enclin à porter un regard optimiste sur l’homme et le monde . L’imposture consiste à ériger sa philosophie , sa vision de l’homme , du monde ou de Dieu en système universel . Deux siècles avant Emmanuel Kant , Montaigne met à mort la métaphysique . On comprend mieux , dès lors , l’objectif poursuivi dans la rédaction des Essais : exprimer une pensée vivante , souple , au fil des expériences quotidiennes , subjective , aux antipodes de toute prétention dogmatique . En cela il est sans doute le premier des penseurs modernes , et Nietzsche ne s’y est pas trompé : « Qu’un homme tel que Montaigne ait écrit , véritablement la joie de vivre sur terre s’en trouve augmentée . »

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la nécessité d’avoir conscience de son bonheur , de prendre le temps de l’apprécier , d’en jouir le plus intensément possible , et la qualité d’attention que nous devons porter à chacune de nos expériences : « Quand je danse , je danse ; quand je dors , je dors134 . »

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Originaire du royaume méridional du Tch’ou , Tchouang - tseu aurait , comme Montaigne , occupé une fonction administrative avant de se retirer du monde pour écrire . L’un et l’autre manifestent d’ailleurs une grande méfiance envers ceux qui entendent

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devrait en aller ainsi pour chacun : apprendre à vivre non par l’apprentissage d’un savoir théorique , mais par l’expérience de la vie , par l’entraînement du corps et de l’esprit , afin d’acquérir une sagesse pratique . Là encore , nous voyons que Tchouang - tseu préfigure Montaigne dans ses principes éducatifs en insistant sur la nécessité , pour l’homme , de retrouver le naturel , le spontané , l’élan vital , ce que l’éducation et la coutume tendent à étouffer alors que c’est le plus important .

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ne faut pas « forcer » les choses , mais les accompagner .

21- La joie de Spinoza et de Mâ Anandamayî

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Bien avant Nietzsche – c’est une des nombreuses raisons de la profonde admiration de ce dernier pour le philosophe hollandais – , Spinoza propose une vision amorale du monde , au - delà du Bien et du Mal . Il remplace les catégories religieuses ou métaphysiques du Bien et du Mal par celles du bon et du mauvais

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le bien le plus précieux pour la vie commune , car elle permet à l’individu de ne plus vivre sous l’emprise aveugle de ses passions , sources de toutes violences . Même si Spinoza ne le dit pas , il va de soi que si tous les individus vivaient sous l’emprise de la raison et parvenaient à une totale connaissance d’eux - mêmes , ils seraient si parfaitement responsables qu’il n’y aurait plus besoin d’une quelconque loi extérieure pour faire régner l’ordre dans la cité .

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Spinoza nous dit ainsi que le bonheur dépend non seulement de notre vigilance à éliminer pensées et émotions perturbatrices , mais aussi de la manière dont nous parviendrons à développer des pensées et des émotions positives .

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C’est le cas de la méditation dite tonglen : il s’agit de visualiser une personne ou une situation qui sont source de colère , de ressentiment ou de peur . Sur l’inspiration , on visualise de la fumée noire émanant de ces personnes ou « objets » négatifs , que l’on absorbe , et sur l’expiration on projette de la lumière blanche , lumineuse , vers ces « objets » ou personnes . On peut ainsi passer progressivement d’une émotion négative à une émotion positive , d’une colère envers quelqu’un à un amour bienveillant , d’une angoisse face à une situation à un état de sérénité .

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courant dit de l’Advaita Vedanta , la voie de la non - dualité .

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L’essentiel de cette doctrine tient dans l’identification entre le divin impersonnel , le brahman , et le soi individuel , l’âtman . L’âtman , c’est le brahman en l’homme , et tout le but de la sagesse consiste à réaliser qu’il n’y a pas de différence substantielle entre le brahman et l’âtman171 .

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Il existe toutefois une différence majeure entre le spinozisme et l’Advaita Vedanta : tandis que Spinoza récuse l’existence d’une âme immortelle , la doctrine indienne affirme l’existence d’un soi immortel ( âtman ) qui transmigre d’une existence à l’autre , d’un corps à l’autre ( végétal , animal ou humain ) et aspire à sortir du cycle du samsara ( la ronde incessante des renaissances ) pour atteindre la délivrance ( mokça ) en réalisant son identité avec le brahman . Cette

Épilogue

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ans : Etty Hillesum . Dans son journal rédigé durant les deux années qui précédèrent son arrestation , alors qu’elle sait qu’elle aura peu de chances d’échapper à la déportation , elle écrit : « Quand on a une vie intérieure , peu importe , sans doute , de quel côté des grilles du camp on se trouve . [ … ] J’ai déjà subi mille morts dans mille camps de concentration . Tout m’est connu . Aucune information nouvelle ne m’angoisse plus . D’une façon ou d’une autre , je sais déjà tout . Et pourtant , je trouve cette vie belle et riche de sens . À chaque instant . [ … ] Le grand obstacle , c’est toujours la représentation et non la réalité177 . » Quelques semaines avant d’être déportée , elle se trouve dans le camp de transit de Westerbork d’où elle envoie à ses amis des lettres racontant les conditions de vie terribles au sein du camp . Pourtant ,

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Parce qu’il possède un esprit , l’être humain peut – et pourra toujours , quels que soient les bouleversements du monde – accéder à la sagesse . Il ne pourra pas nécessairement changer le monde , mais il pourra toujours changer sa manière de le percevoir et puiser une inaltérable joie dans ce travail de transmutation intérieure .

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Ce que les philosophes grecs appellent l’askesis , l’ascèse , est , au sens étymologique du mot , un « exercice » , un entraînement de l’esprit .

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Comme l’écrit Robert Misrahi , « l’éthique est cette entreprise philosophique de reconstruction de la vie dans la perspective de la joie180

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L’exercice de l’esprit consiste ainsi à éliminer tout ce qui en nous fait obstacle à la joie de vivre .

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nous . Le mot grec eudaimôn ( heureux ) le dit simplement : eu ( en accord ) daimôn ( génie , divinité ) ; être heureux , pour les Grecs , signifie avant tout être en accord avec notre bon génie ou avec la part de divin qui est en nous . Je dirais : vibrer avec notre être profond .

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