lundi 10 septembre 2018

note plutarque hommes illustre T1

Plutarque - Oeuvres Complètes: lci-136 (lci-eBooks) (French Edition)
Plutarque

Surlignement (jaune) - Emplacement 1593
hospitalité . 24 . Après la mort d’Égée , il conçut une grande et étonnante entreprise , qui fut de réunir en un même corps de
Surlignement (jaune) - Emplacement 1594
ville tous les habitants de l’Attique , et de former un seul peuple , une seule cité de gens dispersés jusque - là , difficiles à réunir pour les affaires d’un intérêt commun , et souvent même en lutte et en guerre les uns avec les autres . Parcourant de sa personne les dèmes et les familles , il voit les simples citoyens et les pauvres adopter aussitôt son projet : quant aux puissants , il leur promet un gouvernement sans roi , une démocratie , où il ne se réservait que le commandement militaire et la garde des lois , laissant aux autres une égalité parfaite . Il en persuada quelques - uns : les autres , craignant sa puissance , déjà grande , et son audace , aimèrent mieux céder de bonne grâce que par contrainte . Il détruisit dans chaque bourg les prytanées , les conseils et les magistratures , institua un prytanée et un conseil commun , au lieu même où est bâtie aujourd’hui la cité , donna à la ville le nom d’Athènes et établit la fête générale des Panathénées
Surlignement (jaune) - Emplacement 1615
25 . Dans le dessein d’accroître encore plus la population de la ville , il appelait tout le monde à l’égalité , et la proclamation : « Venez ici , tous les peuples ! » fut , dit - on , celle de Thésée , faisant d’Athènes une sorte de rendez - vous . Il ne permit pas cependant que cette foule indistincte et affluente composât une démocratie confuse et désordonnée : il commença par séparer les nobles { 183 } , les laboureurs et les artisans . Il donna aux nobles la connaissance des choses divines , le privilége des magistratures , l’explication des lois et l’interprétation publique des rits sacrés et des cérémonies , de sorte qu’il y eut égalité parfaite , les nobles ayant les honneurs , les laboureurs l’utilité et les artisans le nombre . Ce que dit Aristote , que Thésée inclina le premier vers le gouvernement de la multitude et se démit de la monarchie , semble confirmé par le témoignage d’Homère , qui , dans le Catalogue des vaisseaux { 184 } , donne aux seuls Athéniens le nom de peuple . Thésée fit frapper une monnaie à l’empreinte d’un bœuf , soit à cause du taureau de Marathon ou du général de Minos , soit pour inspirer le goût de l’agriculture à ses concitoyens . De là viennent les locutions : « Qui vaut cent bœufs , qui vaut dix bœufs { 185 } . » Après qu’il eut attaché par un lien indissoluble le territoire de Mégare à celui de l’Attique , il dressa dans l’Isthme la fameuse colonne sur laquelle il grava , pour indiquer la [ 22 ] limite des deux pays , cette inscription en deux vers trimètres : du côté oriental , il y avait : C’est l’Ionie ici , non le Péloponèse . et du côté occidental : C’est le Péloponèse et non pas l’Ionie { 186 } . Il fut le premier qui établit des jeux
Surlignement (jaune) - Emplacement 1635
à l’imitation d’Hercule , désirant que , comme les Grecs célébraient , grâce à ce héros , les olympiques en l’honneur de Jupiter , on célébrât , grâce à lui , les isthmiques en l’honneur de Neptune
Surlignement (jaune) - Emplacement 1937
frères , Nométor et Amulius . Amulius fit de l’héritage deux parts : d’un côté le royaume , et de l’autre l’argent comptant avec l’or apporté de Troie . Nométor choisit le royaume . Amulius ayant pour lui les trésors , et devenu par là plus puissant que son frère , lui enleva facilement la royauté
Surlignement (jaune) - Emplacement 2129
13 . La ville bâtie , Romulus commença par diviser en plusieurs corps de milice tout ce qu’il y avait d’hommes va [ 48 ] lides . Chaque corps était de trois mille hommes de pied et de trois cents cavaliers . On les appela légions { 275 } , parce qu’on choisissait , entre tous , ceux qui pouvaient porter les armes . Le reste , considéré comme masse populaire , reçut le nom de peuple . Romulus y choisit cent des plus considérables pour en faire un conseil : il les nomma patriciens et le corps entier sénat . Le mot sénat { 276 } signifie conseil des vieillards . On dit que les patriciens furent ainsi nommés , soit parce qu’ils étaient pères { 277 } d’enfants libres , soit plutôt , selon d’autres , parce qu’ils pouvaient montrer leurs pères , ce que n’eussent pu faire qu’un petit nombre de ceux qui avaient afflué les premiers à la ville . D’autres dérivent ce nom du mot patronage . C’est ainsi qu’on appelait et qu’on appelle encore la protection que les grands accordent aux petits , d’un certain Patron , compagnon d’Évandre , homme secourable et protecteur zélé des faibles , dont la conduite avait déterminé cette dénomination . Mais on serait plus près du vrai , en disant que Romulus , convaincu que les premiers et les plus puissants doivent avoir pour les petits une sollicitude et un soin paternels , apprenait en même temps à ceux - ci à ne pas craindre les grands , à ne point s’affliger de leurs honneurs , mais à leur témoigner du respect et de la bienveillance , à les regarder comme des pères et à leur en donner le titre . Aussi , maintenant même encore , les sénateurs sont - ils appelés princes et seigneurs chez les étrangers , et par les Romains pères conscrits , titre d’honneur par excellence et le moins fait pour exciter l’envie . Dans le principe , on les nomma seulement pères ; puis , quand il y en eut un plus grand nombre qui leur furent adjoints , on les nomma pères conscrits . C’était la dénomination la plus vénérable qui pût établir une démarcation entre le peuple et le sénat . Romulus fit encore une autre division des grands et du peuple , en appelant les uns patrons , c’est - à - dire protecteurs , et les autres clients , c’est - à - dire adhérents . Il établit entre eux une admirable réciprocité d’égards , fondée sur de grands [ 49 ] services . Les patrons interprétaient les lois , assistaient dans les procès , donnaient des conseils , veillaient à toutes les affaires . Les clients , à leur tour , ne se contentaient pas d’honorer les patrons : ils dotaient les filles et payaient les dettes de ceux qui étaient pauvres . Ni loi ni magistrat ne pouvait contraindre un patron à déposer contre un client , ni un client contre un patron . Plus tard , au milieu de ce constant échange de services , si les grands recevaient de l’argent des petits , on considérait le fait comme une honte et une bassesse .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2337
La ville ainsi doublée , on adjoignit cent Sabins aux [ 59 ] autres patriciens { 311 } , et les légions furent portées à six mille hommes de pied et six cents chevaux { 312 } . On distribua le peuple en trois tribus nommées , la première des Ramnenses , du nom de Romulus { 313 } ; la seconde des Tatienses , de Tatius { 314 } , et la troisième des Lucerenses { 315 } , du bois sacré où s’étaient réfugiés , grâce au droit d’asile , la plupart de ceux qui avaient composé la cité . Or , les Romains appellent lucos les bois sacrés . Qu’il n’y ait eu d’abord que ces trois tribus , leur nom même en fait foi , et celui de tribuns donné aux phylarques { 316 } . Chaque tribu se divisait en dix curies { 317 } , qui avaient reçu , disent quelques - uns , des noms de Sabines . Mais cette assertion est fausse , car la plupart ont des noms de lieu . Au reste , on accorda plusieurs honneurs aux femmes ; en voici quelques - uns : on doit se ranger devant elles sur leur chemin ; il ne faut prononcer aucune parole déshonnête en leur présence ; on ne peut se montrer nu à leurs yeux ; on n’a pas le droit de les citer devant les juges qui connaissent des meurtres ; leurs enfants porteront la bulle , ornement de ton ainsi appelé à cause de sa ressemblance avec une bulle d’eau , et auront des robes bordées de pourpre { 318 } . Les deux rois ne tenaient point immédiatement conseil en commun , mais chacun d’eux commençait par un examen particulier avec ses cent sénateurs , puis tous étaient convoqués ensemble .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2649
Tous deux avaient donc une disposition naturelle pour le gouvernement , mais ni l’un ni l’autre ne conserva le caractère [ 76 ] royal ; ils le dénaturèrent et le changèrent l’un en démocratie , et l’autre en tyrannie , par une même faute née de passions contraires . En effet , le premier devoir d’un gouvernement , c’est de conserver le pouvoir : or , on ne le conserve qu’autant qu’on s’abstient de ce qui ne convient pas , et qu’on maintient ce qui convient . Sitôt qu’on se relâche ou qu’on se roidit , on cesse d’être roi ou gouvernant ; on devient démagogue ou despote , et l’on fait haïr ou mépriser le pouvoir . Toutefois , de ces deux défauts , l’un paraît venir d’un excès de douceur et de philanthropie , l’autre d’égoïsme et de dureté .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2669
transplanter les populations , comme Thésée qui , pour réunir en un seul corps plusieurs centres d’habitation , ruina plusieurs villes , dont le nom rappelait celui de rois et d’antiques héros . Romulus , il est vrai , le fit plus tard , et contraignit les ennemis à renverser , à détruire leur avoir , et à s’incorporer aux vainqueurs . Mais , dans le principe , il n’appliqua point ce mode de translation et d’accroissement à une cité déjà existante ; il créa ce qui n’existait point , et se fit à lui - même , un tout ensemble , un pays , une patrie , une royauté , des familles , des mariages , des alliances , sans perdre ni tuer personne , mais en rendant service , au contraire , à une foule de gens qui , n’ayant ni feu ni lieu , voulaient devenir un peuple ou des citoyens .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2695
pouvoir . La pudeur , l’amour et la constance , que Romulus introduisit dans l’union conjugale , ont pour eux le témoignage du temps
Surlignement (jaune) - Emplacement 2696
Durant deux cent trente ans , pas un mari n’osa quitter sa femme , ni une
Surlignement (jaune) - Emplacement 2696
femme son mari { 371 } . Et tandis qu’en Grèce il n’y a que les habiles qui connaissent le nom du premier qui ait tué son père ou sa mère , tous les Romains savent que Spurius Carvilius fut le premier qui a répudié sa femme , en alléguant sa stérilité
Surlignement (jaune) - Emplacement 2701
Grâce à cette union , l’autorité souveraine fut partagée entre les rois , et les droits civiques entre les peuples . Au contraire , les mariages de Thésée ne furent point pour les Athéniens une occasion d’amitié ni d’alliance , mais d’inimitiés , de guerres , de meurtres , et enfin de la perte d’Aphidna .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2832
Les Égyptiens pensent que Lycurgue est venu chez eux , et qu’ayant surtout admiré la division qu’ils ont établie entre les autres classes et les gens de guerre , il la transporta à Sparte , où il mit à part les manoeuvres et les artisans , et créa de la sorte un gouvernement vraiment noble et pur .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2859
Des nombreuses innovations de Lycurgue , la première et la plus importante fut l’établissement du Sénat , qui , selon Platon { 397 } , tempéra par son mélange les entraînements du pouvoir royal , ce qui , grâce à l’égal partage de l’autorité , devint , [ 88 ] dans les grandes occasions , une cause de salut et de
Surlignement (jaune) - Emplacement 2863
modération . En effet , le gouvernement avait été balancé jusque - là tantôt sur la pente qui emporte les rois vers la tyrannie , tantôt sur celle qui emporte le peuple vers la démocratie . Le pouvoir du Sénat , placé entre les deux , comme un contre - poids , leur fit équilibre et assura l’ordre et la stabilité , les vingt - huit sénateurs se rangeant toujours du côté des rois , quand il fallait s’opposer à la démocratie , puis , s’il y avait menace de tyrannie , prêtant main forte au parti populaire . Lycurgue , suivant Aristote , fixa le nombre des sénateurs à vingt - huit , parce que , des trente citoyens qu’il s’était d’abord assurés , il y en eut deux à qui la peur fit abandonner l’entreprise
Surlignement (jaune) - Emplacement 2888
les sénateurs et les rois n’avait le droit de proposer des sujets de délibération , et , quand ils avaient proposé , le peuple était maître de décider . Dans la suite , cependant , comme le peuple altérait et violentait les décrets par des retranchements et des additions , les rois Polydore et Théopompe modifièrent ainsi la Rhétra : « Si le peuple altère les décrets , que les sénateurs et les rois se retirent , » c’est - à - dire qu’ils ne confirment rien , mais qu’ils renvoient et dissolvent l’assemblée du peuple , comme altérant et falsifiant les décisions , contrairement à l’équité . Ils persuadèrent ensuite aux citoyens que c’était l’ordre du dieu ; c’est à quoi font allusion ces vers de Tyrtée
Surlignement (jaune) - Emplacement 2914
8 . Le second des établissements de Lycurgue et le plus audacieux , ce fut le partage des terres .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2918
Lycurgue persuada aux Spartiates de mettre en commun toutes les terres , de faire un nouveau partage et de vivre tous avec une fortune égale et d’un équilibre parfait .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2921
l’intention , il divisa les terres de Laconie en trente mille lots affectés aux périèques { 406 } , et en neuf mille celles du territoire de Sparte
Surlignement (jaune) - Emplacement 2931
Il entreprit aussi le partage des
Surlignement (jaune) - Emplacement 2931
biens mobiliers , afin de détruire radicalement l’inégalité et l’anomalie
Surlignement (jaune) - Emplacement 2932
dépouillé , il prit une autre voie et attaqua l’amour du luxe par des moyens couverts . Il commença par décrier la monnaie d’or et d’argent , ne permit que la monnaie de fer , et donna à des pièces très - grosses et très - lourdes une valeur si petite , que , pour tenir une somme de six mines { 408 } , il fallait une grande salle de la maison et deux boeufs pour la [ 92 ] traîner . La circulation de cette monnaie eut bientôt banni de Lacédémone toutes sortes de méfaits .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2940
Ensuite il bannit de Sparte tous les arts frivoles et superflus ;
Surlignement (jaune) - Emplacement 2943
Ainsi , les Spartiates ne pouvaient acheter aucune denrée exotique , même de pacotille .
Surlignement (jaune) - Emplacement 2945
aucun devin ambulant , aucun éleveur de courtisanes , aucun fabricant de parures d’or ou d’argent : la monnaie y faisait défaut . Par là , le luxe , dépourvu peu à peu de ce qui l’entretient et l’alimente , se flétrit de lui - même : ceux qui possédaient le plus de biens n’y avaient point d’avantages , la richesse n’ayant aucune issue dans le public , mais demeurant enfermée à l’intérieur et réduite à l’inaction . C’est ce qui fit que les meubles d’un
Surlignement (jaune) - Emplacement 2955
10 . Lycurgue , résolu à pousser plus loin encore la persécution contre le luxe et la destruction de l’amour des richesses , fonda une troisième institution , et sa plus belle , celle des repas publics . On fut obligé de manger tous en commun des mêmes viandes et des mets réglés par la loi , avec défense de prendre chez soi ses repas , d’y avoir des lits somptueux et des tables , d’être à la discrétion des artisans de friandises et de cuisine , pour s’engraisser à l’ombre comme des animaux gloutons , se corrompant à la fois l’esprit et le corps , lâchant la bride à toute sensualité et à toute débauche , se faisant un besoin de longs sommeils , de bains chauds , d’une oisiveté continuelle , et pour ainsi dire , d’un traitement journalier de maladie . C’était là un grand point , mais un effet plus grand encore , ce fut de mettre les richesses à l’abri de la cupidité , comme dit Théophraste , et de les avoir appauvries par la communauté des repas et par la frugalité de la table .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3001
Les enfants même allaient à ces repas : on les y conduisait comme à une école de tempérance : ils y entendaient parler politique , prenaient , modèle sur des hommes libres , et s’accoutumaient à plaisanter , à railler sans bouffonnerie et à être raillés sans dépit .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3016
lampe . Il ne leur était permis de se faire éclairer le chemin ni dans cette circonstance , ni dans aucune autre , afin qu’ils prissent l’habitude de marcher la nuit et dans les ténèbres avec assurance et intrépidité . Telle était l’organisation des repas publics .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3018
Lycurgue n’écrivit point ses lois
Surlignement (jaune) - Emplacement 3022
l’éducation , la vraie législatrice du premier âge . Quant aux petits contrats relatifs à des affaires
Surlignement (jaune) - Emplacement 3022
d’intérêt et sujets à changer suivant les différents besoins , il valait mieux ne pas les astreindre à des formalités écrites et à des coutumes invariables , mais laisser les circonstances y ajouter et en retrancher ce que l’expérience ferait juger nécessaire . Ainsi le fond , l’essence même de la législation de Lycurgue était l’éducation
Surlignement (jaune) - Emplacement 3035
faire toujours la guerre aux mêmes ennemis , afin que l’habitude de repousser l’agression ne rende pas ceux - ci plus difficiles à combattre
Surlignement (jaune) - Emplacement 3040
Lycurgue appela ces trois ordonnances rhétras , à titre de décrets et d’oracles émanés d’Apollon {
Surlignement (jaune) - Emplacement 3050
Il fortifia le corps des jeunes filles par l’exercice de la course , de la lutte , du disque et du javelot , afin que leur fruit , prenant de vigoureuses racines dans des corps vigoureux , germât avec plus de force , et qu’elles - mêmes , supportant l’enfantement sans crainte , luttassent avec facilité et avec courage contre les douleurs . Pour enlever aux jeunes filles leur mollesse , leur vie à l’ombre , et tout ce qu’elles ont d’efféminé , il les accoutuma à figurer nues dans les processions , aussi bien que les jeunes gens , à danser , à chanter dans certaines cérémonies , sous l’œil et en présence de ces derniers . Parfois elles leur lançaient quelque brocard qui portait coup , afin de les gourmander de leurs fautes ; puis , en revanche , elles adressaient de justes éloges , sous forme de chansons , à ceux qui en étaient dignes , faisant ainsi naître dans l’âme des jeunes gens une vive émulation et le désir du bien
Surlignement (jaune) - Emplacement 3060
la pudeur était là et loin de là l’indécence { 424 } : elle les accoutumait à la simplicité , au soin jaloux de leur personne ; elle donnait à leur sexe des sentiments virils , en leur montrant qu’elles pouvaient lutter avec les hommes en gloire et en vertu
Surlignement (jaune) - Emplacement 3064
Une femme étrangère , à ce qu’il paraît , lui disait : « Vous autres Lacédémoniennes , vous êtes les seules qui commandiez aux hommes . — C’est que nous seules , répondit - elle , mettons au monde des hommes . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 3068
certaine infamie au célibat
Surlignement (jaune) - Emplacement 3076
femme ne devait être ni tout enfant , ni impubère , mais adulte et nubile . L’enlèvement fait , la jeune fille était remise aux mains de la personne appelée paranymphe , qui lui rasait la tête , lui donnait un habit et une chaussure d’homme , et la couchait sur un lit de feuillage , seule et sans lumière . Le fiancé , qui n’était ni pris de vin , ni énervé par le plaisir , mais sobre
Surlignement (jaune) - Emplacement 3080
Il ne passait que quelques instants avec elle , puis il se retirait modestement dans sa chambre accoutumée pour y dormir avec les autres jeunes gens . Il continuait ainsi de passer les jours et les nuits avec ses camarades , n’allant voir sa femme qu’à la dérobée , rougissant et craignant d’être aperçu par quelqu’un de la maison . De son côté , la mariée se concertait avec lui et s’ingéniait pour avoir des entrevues opportunes et secrètes . Ce manége durait assez longtemps , à ce point que quelques - uns devenaient pères , avant d’avoir vu leurs femmes au jour . De pareilles relations n’étaient pas seulement un exercice de tempérance et de sagesse ; elles laissaient au corps sa vigueur féconde , à l’amour toute la fraîcheur , toute la nouveauté du rapprochement , et prévenaient la satiété et la langueur d’un commerce sans contrainte .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3088
Il croyait bon non - seulement d’exclure du mariage la violence et le désordre , mais de permettre aux gens honnêtes la libre procréation des enfants , se moquant de ceux qui voient dans le mariage un bien sans partage et sans mélange , et qui se vengent de tout empiétement par des meurtres et des guerres . Il était donc permis à un vieillard , mari d’une jeune femme , quand il con [ 101 ] naissait quelque garçon honnête et bien fait , pour lequel il avait de l’affection et de l’estime , de le mener auprès d’elle
Surlignement (jaune) - Emplacement 3092
; puis , lorsqu’elle était fécondée par ce contact généreux , de reconnaître comme à lui l’enfant issu de leur union . Il était de même permis à un galant homme , pris d’admiration pour une femme de bien et mère de beaux enfants , mais épouse d’un autre , de la demander au mari , afin d’y semer , comme en une terre féconde , et de produire de beaux enfants , héritiers d’un beau sang et d’une belle lignée . Lycurgue prétendait tout d’abord que les enfants n’étaient point à leurs pères , mais qu’ils appartenaient en commun à la cité . Il voulait donc que les citoyens eussent
Surlignement (jaune) - Emplacement 3096
pour pères non pas les premiers venus , mais les meilleurs .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3103
l’adultère était un fait inconnu chez les Spartiates .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3128
Tous les enfants , à peine âgés de sept ans , Lycurgue les prenait et les distribuait par
Surlignement (jaune) - Emplacement 3129
groupes pour être élevés en commun , sous la même discipline , accoutumés à jouer et à travailler ensemble . À la tête de chaque groupe il plaça celui qui l’emportait par son intelligence et son ardeur à combattre . Les autres avaient les yeux sur lui , obéissaient à ses ordres et subissaient ses punitions : de la sorte , cette éducation était un apprentissage d’obéissance . Les vieillards surveillaient leurs jeux et jetaient souvent entre eux des sujets de dispute et de querelle , afin de connaître à fond leur propension respective à l’audace et à la résistance dans les combats . De lettres , ils n’en apprenaient que le strict nécessaire : tout le reste de leur instruction consistait à se soumettre à une autorité , à supporter la fatigue , à vaincre en combattant . Ainsi , à mesure qu’ils avançaient en âge , on augmentait la force des exercices : on leur rasait la tête , on les habituait à marcher sans chaussures , et à jouer ensemble presque toujours nus . Arrivés à douze ans , ils ne portaient plus de tunique , et ils ne recevaient qu’un manteau pour toute l’année ; le corps malpropre , ne connaissant ni bains , ni lotions , excepté certains jours de l’année , où on leur permettait cette douceur . Ils couchaient ensemble , par bande et par groupe , sur des jonchées , qu’ils faisaient eux - mêmes avec les bouts des roseaux qui croissent le long de l’Eurotas , et cueillis par eux de leurs mains et sans fer . L’hiver , ils étendaient , mêlées aux jonchées , des plantes appelées lycophores { 431 } , auxquelles on attribue la propriété de réchauffer . 17 . À cet âge , ceux qui se distinguaient voyaient les amants s’attacher à leurs pas : en même temps les vieillards redoublaient de surveillance , les suivant aux gymnases , assistant à leurs combats et à leurs propos railleurs ; et ce n’était point pour les vieillards un simple passe - temps , ils se regardaient tous , en quelque sorte , comme les pères de ces enfants , leurs pédagogues et leurs maîtres . Aussi n’y avait - il [ 104 ] pas un instant , pas un endroit où l’enfant ne trouvât pour ses fautes une remontrance et un châtiment . Ajoutez que le pédonome { 432 } était choisi parmi les plus hommes de bien . Ces maîtres préparaient à chaque groupe le plus sage et le plus courageux des Irènes { 433 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3151
Cet irène , à l’âge de vingt ans , marche en tête de sa troupe dans les combats : en temps de paix , il en dispose pour le service de la table , il enjoint aux plus forts de porter du bois , et aux plus petits des légumes . Ce qu’ils apportent , ils le volent , soit en escaladant les jardins , soit en se glissant dans les salles des repas communs , le tout avec autant de ruse que d’adresse . Celui qui est pris reçoit force coups de fouets , pour s’être laissé prendre par négligence ou par gaucherie . Ils dérobent aussi tout ce qu’ils peuvent de viandes , sachant parfaitement mettre à contribution ceux qui dorment ou qui font mauvaise garde . Celui qui se laisse prendre est puni du fouet et du jeûne . Ils ne font eux - mêmes qu’un léger repas , afin que la nécessité de lutter contre la faim les contraigne à l’audace et à la ruse . C’était là le motif spécial de cette petite quantité de nourriture ; le motif accessoire était l’accroissement du corps . En effet , le corps croît en hauteur , lorsque les esprits animaux n’ont pas à travailler et à élaborer une masse d’aliments , dont la lourdeur et l’étendue les dépriment ; mais quand ils peuvent s’élever en raison de leur légèreté , alors le corps s’allonge sans difficulté et sans entraves . C’est la même raison qui fait que les corps paraissent beaux , des natures minces et déliées obéissant mieux aux lois d’une belle conformation , tandis que celles qui sont chargées d’embonpoint et de nourriture y résistent par leur pesanteur . C’est sans doute aussi pour cela que les enfants des femmes purgées pendant leur grossesse sont plus maigres , mais aussi mieux faits et mieux taillés , à cause de la souplesse de la matière [ 105 ] qui se laisse mieux façonner par le moule . Mais laissons la cause de ce fait à qui voudra l’examiner . 18 . Les enfants volent avec une crainte si vive d’être découverts , qu’un d’eux , dit - on , ayant volé un petit renard et l’ayant caché sous sa robe , se laissa déchirer le ventre par les ongles et les dents de l’animal , et mourut sur la place pour garder le secret . Ce fait n’est pas incroyable , à en juger par les jeunes Spartiates d’aujourd’hui . J’en ai vu plus d’un périr sous le fouet devant l’autel d’Orthia { 435 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3169
à table , ordonnait à un de ses enfants de chanter , ou proposait à un autre quelque question qui exigeait une réponse intelligente ; par exemple : « Quel est le plus homme de bien de la ville ? que faut - il penser de la conduite d’un tel ? » Par là on les accoutumait , dès leur enfance , à juger de ce qui est bien et à s’enquérir des mœurs des citoyens . Car à cette demande : « Qui est bon citoyen ? qui n’est pas bien famé ? » hésiter de répondre , c’était se montrer , suivant les Spartiates , d’un cœur lâche et sans amour pour la vertu . Il fallait que la réponse fût accompagnée des motifs et de la preuve , renfermée dans quelques mots brefs et précis . Celui qui répondait sans attention était puni par l’irène , qui lui mordait le pouce . Souvent c’était en présence des vieillards et des magistrats que l’irène , punissait les enfants , afin de leur faire voir si le châtiment était juste et convenable . Jamais on ne l’arrêtait au moment où il infligeait la peine ; mais , les enfants une fois retirés , il était puni à son tour s’il avait montré une sévérité exagérée ou trop de laisser aller et d’indulgence
Surlignement (jaune) - Emplacement 3181
jeunes filles , il n’y avait point de jalousie . Au contraire , ces attachements étaient une source d’amitié entre ceux qui aimaient le même objet , et tous travaillaient à l’envi à qui le rendrait plus vertueux
Surlignement (jaune) - Emplacement 3184
donné à la monnaie de fer beaucoup de poids et peu de valeur . Il fit tout le contraire pour la monnaie du langage : il voulut qu’elle contînt , sous un petit nombre de mots simples , un sens profond et étendu ; accoutumant les enfants , par un long silence , à se montrer sentencieux et dogmatiques dans leurs reparties
Surlignement (jaune) - Emplacement 3189
Pour moi , je trouve que le langage laconique , avec sa brièveté apparente , va parfaitement au but et pénètre dans la pensée des auditeurs . Lycurgue , tout le premier , était très - concis et très - sentencieux dans son langage , à en juger par les mots qu’on a conservés de lui .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3192
Un homme lui conseillait d’établir la démocratie à Sparte : « Et toi , dit - il , commence par mettre la démocratie dans ta maison
Surlignement (jaune) - Emplacement 3200
« Une ville n’est jamais sans murailles , quand elle a une ceinture non de briques , mais d’hommes de cœur
Surlignement (jaune) - Emplacement 3206
Parce que , dit - il , les gens qui parlent peu n’ont pas besoin de beaucoup de lois . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 3222
Or , leur habitude était de ne rien dire d’inutile , et de ne laisser échapper aucune parole qui ne renfermât une pensée de quelque valeur .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3232
sorte qu’on a pu dire avec raison que le laconisme { 444 } est plutôt une philosophie qu’une gymnastique .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3234
Leur éducation lyrique et musicale n’était pas moins soignée que la noblesse et la pureté de leur langage
Surlignement (jaune) - Emplacement 3235
leurs poésies un aiguillon qui stimulait le courage , qui excitait à l’enthousiasme et à l’action .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3269
C’était un spectacle à la fois majestueux et terrible de les voir marcher en cadence , au son de la flûte , sans rompre les rangs de la phalange , sans qu’aucune âme fût troublée , mais tous conduits au danger , l’air tranquille et joyeux , par l’accord des instruments . C’est qu’il est naturel que ni la crainte ,
Surlignement (jaune) - Emplacement 3271
la confiance et le courage s’y mêlent à l’espoir et à l’audace , avec l’appui présumé des dieux .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3282
23 . Lycurgue lui - même , s’il faut en croire le sophiste Hippias { 449 } , fut un grand homme de guerre et prit part à une foule d’expéditions
Surlignement (jaune) - Emplacement 3295
24 . L’éducation s’étendait jusqu’aux hommes faits . Personne n’avait le droit de vivre à son gré . La ville était comme un camp : le genre de vie y était déterminé : chacun avait son emploi dans l’État , et tous vivaient avec cette pensée [ 112 ] qu’ils ne s’appartenaient point à eux - mêmes , mais à la patrie .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3299
vieillards . Car , de tous ces biens , de tous ces avantages que Lycurgue avait ménagés à ses compatriotes , un des plus grands fut cette abondance de loisir , née de la défense absolue de s’occuper d’aucune œuvre mercenaire . Le soin d’amasser , qui entraîne tant de peines et de labeurs , leur était tout à fait inutile , vu le dédain et le mépris où les richesses étaient tombées . Les Hilotes labouraient pour eux la terre et en payaient un revenu déterminé .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3306
Les procès , bien entendu , sortirent de Sparte avec l’argent : il n’y avait plus , en effet , ni richesse , ni pauvreté : de l’égalité naissait l’abondance , et de la frugalité la vie à bon marché . Ce n’étaient tout le temps que danses , festins , banquets , passe - temps de chasse , exercices gymnastiques , conversations , quand on n’était point en campagne . 25 . Ceux qui
Surlignement (jaune) - Emplacement 3319
En un mot , il accoutuma les citoyens à ne vouloir pas , à ne pas même savoir vivre seuls , mais à être , comme les abeilles , toujours étroitement unis pour l’intérêt public , toujours rangés autour de leur chef , transportés , pour ainsi parler , hors d’eux - mêmes par l’enthousiasme et l’amour de la gloire , et tout entiers à la patrie .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3332
Les sénateurs , comme il a été dit { 457 } , furent d’abord pris parmi ceux qui avaient aidé Lycurgue dans son entreprise . [ 114 ] Plus tard , il régla qu’à la mort d’un sénateur on choisirait , pour le remplacer , le plus vertueux des citoyens qui auraient passé soixante ans
Surlignement (jaune) - Emplacement 3338
agiles le plus agile , entre les forts le plus fort , mais entre les bons et les sages le plus sage et le meilleur ; et c’était pour jouir , en quelque sorte , d’un prix viager de vertu , à savoir l’autorité souveraine dans l’État , le droit de vie et d’infamie sur les citoyens , en un mot , une domination absolue .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3341
Voici comment se faisait l’élection . L’assemblée réunie , des hommes choisis s’enfermaient dans une maison voisine , où ils ne pouvaient voir ni être vus : ils entendaient seulement les acclamations de l’assemblée ; car c’était , d’ordinaire , par des cris qu’on élisait les concurrents , et non pas tous ensemble , mais l’un après l’autre , suivant la désignation du sort , chacun d’eux s’avançant et traversant la place en silence . Ceux qui étaient enfermés avaient des tablettes sur lesquelles ils notaient à chaque fois l’intensité des acclamations , sans savoir pour qui l’on criait , sinon que c’était pour le premier , le second , le troisième , et ainsi de suite , selon l’ordre où ils étaient entrés . Celui pour qui la clameur avait été la plus soutenue et la plus forte , ils le déclaraient sénateur {
Surlignement (jaune) - Emplacement 3355
27 . Les règlements relatifs aux funérailles ne sont pas moins excellents . Et d’abord , pour bannir toute superstition , il ne défendit pas d’enterrer les morts dans la ville , ni de placer les tombeaux auprès des temples
Surlignement (jaune) - Emplacement 3358
En second lieu , il ne permit de rien enterrer avec les morts
Surlignement (jaune) - Emplacement 3361
C’est que Lycurgue ne voulait point d’inaction ni de relâche : il unissait partout aux exigences de la vie un encouragement pour les vertus , une critique du vice , et il remplissait la ville d’une foule d’exemples qu’on ne pouvait manquer de rencontrer sans cesse , et qui , confondus avec l’éducation , entraînaient et façonnaient irrésistiblement au bien
Surlignement (jaune) - Emplacement 3375
C’est probablement ce qu’on nomme à Sparte la Cryptie { 462 } ,
Surlignement (jaune) - Emplacement 3379
Les magistrats envoyaient de temps à autre les jeunes gens qui semblaient les plus intelligents courir par le pays n’ayant que des poignards et les vivres nécessaires . Disséminés çà et là pendant le jour , dans des endroits couverts , ils s’y tenaient blottis et en repos ; la nuit ils en sortaient sur les routes et égorgeaient les Hilotes qui leur tombaient sous la main . Souvent ils couraient les champs , tuant les plus forts et les plus robustes des Hilotes .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3396
Par conséquent , ceux qui avancent qu’à Lacédémone l’homme libre est tout à fait libre et l’esclave tout à fait esclave , ont caractérisé avec justesse cette différence .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3400
Car je ne saurais imputer à Lycurgue l’invention de cette exécrable cryptie ;
Surlignement (jaune) - Emplacement 3414
Le dieu lui répond que ces lois sont excellentes et que la ville restera glorieuse entre toutes , tant qu’elle gardera le gouvernement de Lycurgue . Il met par écrit la réponse de l’oracle et l’envoie à Sparte . Il fait alors un second sacrifice au dieu , embrasse ses amis et son fils { 470 } ; puis , résolu à ne jamais dégager ses concitoyens de leur serment , il se décide à une mort volontaire . Il était à cet âge { 471 } où l’heure est venue , pour qui le veut , de vivre encore ou de mourir , quand toutes ses entreprises paraissaient avoir réussi . Il se laissa donc mourir de faim , persuadé que la mort d’un homme d’État ne doit pas être inutile à ses concitoyens , ni la fin de sa vie oisive , mais qu’il y a là encore place pour la vertu et pour l’action ;
Surlignement (jaune) - Emplacement 3429
Sous le règne d’Agis , l’argent pénétra dans Sparte , et , avec l’argent , l’avarice et la cupidité . La cause en est imputable à Lysandre . Incapable de se laisser corrompre lui - même par les biens de la fortune , il remplit sa patrie de l’amour des richesses et du luxe , en y important de l’or et de l’argent , fruits de la guerre , et battit en brèche la législation de Lycurgue
Surlignement (jaune) - Emplacement 3440
Quelqu’un disait que Sparte [ 120 ] se maintenait parce que les rois y savaient commander : « C’est plutôt , dit - il , parce que les citoyens y savent obéir . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 3443
qui conduit bien se fait bien suivre ; et , comme la perfection de l’art hippique est de rendre le cheval doux et docile , l’œuvre de la science royale est de produire l’obéissance .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3444
Or , les Lacédémoniens ne produisaient pas seulement l’obéissance , mais le désir de les avoir pour chefs et de leur être soumis
Surlignement (jaune) - Emplacement 3457
Convaincu que le bonheur d’une cité tout entière , comme d’un individu , résulte de la vertu et de l’harmonie qu’on y rencontre , il la régla et la disposa de manière que les ci [ 121 ] toyens , libres et se suffisant à eux - mêmes , conservassent le plus longtemps possible leurs principes de sagesse .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3703
C’est aux Muses qu’il attribuait la plupart de ses révélations , et il prescrivit aux Romains un culte spécial et splendide pour une d’elles , qu’il nomma Tacita { 510 } , c’est - à - dire silencieuse ou muette
Surlignement (jaune) - Emplacement 3707
Numa défendit aux Romains d’attribuer à Dieu aucune forme d’homme ni de bête , et il n’y avait jadis parmi eux nulle représentation graphique ou plastique de la divinité . Durant les cent soixante - dix premières années , ils ne placèrent dans les temples et dans les chapelles qu’ils bâtissaient aucune image figurée , attendu qu’ils croyaient impie d’assimiler ce qu’il y a de meilleur à ce qu’il y a de pire , et impossible d’atteindre Dieu autrement que par la pensée
Surlignement (jaune) - Emplacement 3816
Les Fécials me semblent être , en quelque manière , des
Surlignement (jaune) - Emplacement 3816
conservateurs de paix , et leur nom leur vient de leurs fonctions { 532 } . De fait , ils apaisaient à l’amiable les différends et ne permettaient de recourir aux armes que quand on avait perdu tout espoir de conciliation . Car
Surlignement (jaune) - Emplacement 3913
Ces contes ridicules font connaître , du moins , quelle était sur les hommes d’alors l’influence de la religion , développée par l’habitude .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3927
Aussi Numa , versant à ses concitoyens l’amour du labourage , comme un philtre qui leur fit aimer la paix , et passionné pour un art qu’il trouvait plus propre à donner la sagesse que la richesse , partagea le terri [ 148 ] toire en portions qu’il appela pagi { 544 } , et établit dans chacune des surveillants et des inspecteurs
Surlignement (jaune) - Emplacement 3933
c’est la division du peuple par métiers qui est le plus admirable
Surlignement (jaune) - Emplacement 3937
crut utile de diviser par fragments la totalité de son peuple , de manière à ce que ces nouvelles divisions mêmes fissent disparaître la plus ancienne et la plus grande , disséminée dans une infinité d’autres . Il fit donc des corps de métiers , joueurs de flûtes , orfévres , charpentiers , teinturiers , cordonniers , tanneurs , forgerons , potiers , et ainsi des autres , réunis en corporations
Surlignement (jaune) - Emplacement 3941
Dès lors , on vit disparaître cette distinction de fait et de nom entre les Sabins et les Romains , entre le peuple de Tatius et celui de Romulus . De la division naquit le mélange harmonieux et la fusion du tout .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3943
politiques , l’adoucissement de la loi qui autorisait les pères à vendre leurs enfants : il fit une exception en faveur de ceux qui se seraient mariés du consentement et de la volonté de leur père . Il voyait , en effet , une cruauté à ce qu’une femme mariée à un homme réputé libre devînt la compagne d’un esclave .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3951
il doubla ces onze jours et en fit un mois qu’il intercalait tous les deux ans après février { 545 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 3957
Il changea aussi l’ordre des mois . Mars était le premier : il en fit le troisième et mit à sa place janvier ,
Surlignement (jaune) - Emplacement 3959
encore . Beaucoup { 549 } pensent néanmoins que janvier et février ont été ajoutés par Numa et qu’avant lui l’année n’était que de dix mois , comme il y en a de trois mois chez quelques peuples barbares , et en Grèce , de quatre mois { 550 } , chez les Arcadiens ; de dix , chez les Acarnaniens . Chez les Égyptiens l’année était , dit - on , d’un mois , puis de quatre mois ; et voilà pourquoi ce peuple qui habite un pays tout nouveau paraît très - ancien ; le nombre infini d’années qu’il introduit dans sa généalogie provient de ce que les mois comptent pour un an
Surlignement (jaune) - Emplacement 4006
il s’insinue dans toutes les âmes un amour de la discipline et de la paix , un désir de labourer la terre , d’élever tranquillement leurs enfants et d’honorer les dieux
Surlignement (jaune) - Emplacement 4023
à savoir qu’il n’y a pour les maux des hommes
Surlignement (jaune) - Emplacement 4024
de salut , c’est que , par une faveur spéciale du ciel , la puissance souveraine et l’idée philosophique se trouvent concentrées dans un seul homme , qui rende à la vertu sa force et la fasse triompher du vice .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4067
suivirent . Cinq rois régnèrent après lui : le dernier , renversé de sa puissance , vieillit dans l’exil { 568 } : aucun des quatre autres ne mourut de mort naturelle : trois périrent dans des embûches { 569 } . Quant à Tullus Hostilius , successeur immédiat de Numa , il se moqua des vertus de son prédécesseur , railla surtout son respect pour les dieux , comme n’inspirant qu’une lâcheté efféminée , et tourna les Romains [ 156 ] vers la guerre . Mais cette folle témérité ne dura point : une grave et étrange maladie le fit passer à l’autre extrême : il donna dans une étrange superstition , qui ne ressemblait en rien à la piété de Numa , et la contagion gagna jusqu’à ses sujets , quand il fut consumé
Surlignement (jaune) - Emplacement 4092
l’un tendit le gouvernement de Sparte molle et relâché ; l’autre relâcha celui de Rome [ 158 ] trop roide et trop tendu
Surlignement (jaune) - Emplacement 4096
Aussi , l’un fit - il prévaloir ses réformes par la bienveillance et par le respect , l’autre acheta cher son triomphe par des dangers et par des blessures .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4104
En général , les deux législateurs paraissent s’être proposé de conduire également leur peuple vers la tempérance et vers la sagesse ; mais entre toutes les vertus l’un a préféré la valeur , l’autre la justice
Surlignement (jaune) - Emplacement 4107
Ainsi , ce ne fut point par lâcheté que Numa détourna les Romains de la guerre , mais pour les empêcher d’être injustes . Ce ne fut point , non plus , pour rendre les Spartiates injustes que Lycurgue en fit des guerriers , mais pour les garantir contre l’injustice .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4126
3 . Pour ce qui est de la communauté des femmes et des enfants , les deux législateurs bannirent , en admettant cette règle politique , la jalousie du cœur des maris , mais en procédant par des voies différentes . Le Romain , qui avait assez d’enfants , pouvait céder sa femme à la demande de qui [ 160 ] n’avait point d’enfants et voulait en avoir ; mais il restait le maître de la reprendre ou de la laisser . Le Spartiate gardait sa femme chez lui ; et la valeur primitive du mariage conservait toute sa force , lors même qu’il la prêtait à qui la demandait pour en avoir lignée
Surlignement (jaune) - Emplacement 4149
[ 161 ] Aussi , dit - on qu’elles étaient très - hardies et que c’est tout d’abord contre leurs maris que s’exerçait leur caractère masculin , attendu qu’elles avaient un pouvoir absolu dans leur maison et même dans les affaires publiques , et qu’elles donnaient leurs avis avec une entière liberté sur les objets de la plus grande importance . Au contraire , Numa conserva aux femmes romaines la dignité et les honneurs dont leurs maris les entouraient sous Romulus , à cause de l’enlèvement . Il les environna de pudeur , leur interdit toute curiosité , leur enseigna la sobriété , les accoutuma au silence , leur interdit sans réserve l’usage du vin et leur défendit de parler , même des choses indispensables , hors de la présence de leurs maris .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4171
Lycurgue a prouvé que Numa n’était sur ce point qu’un législateur vulgaire , puisqu’il laissait aux pères la liberté d’élever leurs enfants suivant leur caprice ou leurs besoins , de faire à leur gré de leur fils un laboureur , un charpentier , un forgeron , un joueur de flûte : comme si , dès le premier âge , on ne devait pas diriger l’éducation sur une fin unique et former les mœurs ; comme si les enfants n’étaient que des passagers embarqués sur un vaisseau , pour un besoin ou pour un dessein particulier , n’occupant leur égoïsme de l’intérêt général qu’à l’heure de la crainte , et , pour le reste , n’ayant chacun d’autre but que soi - même
Surlignement (jaune) - Emplacement 4192
Quoi qu’il en soit , ce qui nous paraît être à l’avantage de Lycurgue , c’est que les Romains ne sont parvenus à un si haut degré de puissance qu’en s’éloignant des institutions de Numa , tandis que les Lacédémoniens ne s’écartèrent pas plus tôt de celles de Lycurgue , qu’ils tombèrent du faîte dans la dernière faiblesse , et que , après avoir perdu l’hégémonie
Surlignement (jaune) - Emplacement 4197
persuasion , et dominer dans une cité si divisée , sans recourir aux armes et à la contrainte , tandis que Lycurgue s’était servi de l’aristocratie contre le peuple , et enfin que sa sagesse et sa justice aient pu grouper tous les citoyens dans un si admirable concert .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4344
Anacharsis , auquel il communique son dessein , se moque de l’entreprise de Solon , qui se figurait réprimer avec de l’écriture l’injustice et la cupidité de ses concitoyens . Ces lois , selon lui , n’étaient que de vraies toiles d’araignées : les faibles et les petits s’y prennent et s’y arrêtent , les puissants et les riches les brisent et passent au travers . Solon , dit - on , lui fait réponse que les hommes demeurent fidèles à leurs conventions , quand ils n’ont , ni d’un côté ni d’un autre , quelque intérêt à les violer : or , les lois seront si conformes aux intérêts de ses concitoyens , que tout le monde trouvera moins avantageux de les transgresser que de les pratiquer .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4351
6 . Solon étant allé à Milet , pour voir Thalès , lui témoigna sa surprise de le voir ennemi du mariage et des enfants
Surlignement (jaune) - Emplacement 4366
À ce compte , en effet , on devra n’aimer ni la richesse , ni la gloire , ni la sagesse , quand on les a , de peur d’en être privé . Or , la vertu même , le plus grand des biens et le plus doux , nous quitte parfois sous l’influence des maladies ou des breuvages . Thalès lui - même , en ne se mariant point , n’en était pas , pour cela , plus à l’abri de la crainte , à moins de renoncer aussi à ses parents , à ses amis , à sa patrie
Surlignement (jaune) - Emplacement 4378
raison . Car c’est faiblesse et non point tendresse de s’abandonner à ces douleurs , à ces craintes interminables ; cela n’arrive qu’aux hommes que la raison n’a point exercés contre la fortune , et qui ne savent pas jouir du présent souhaité ; parce que l’avenir leur fait sans cesse entrevoir les douleurs , les agitations et les angoisses de la perte . Il ne faut donc pas se jeter dans la pauvreté pour n’avoir pas à perdre la fortune , ni dans l’indifférence pour ne pas être privé de ses amis , ni dans le célibat pour ne pas voir mourir ses enfants ; il faut de la raison en tout . Mais , pour le moment , c’en est assez sur ce sujet .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4482
Dès qu’il est arrivé à Athènes , il se lie d’amitié avec Solon , l’aide à rédiger ses lois et lui fraye la voie , en accoutumant les Athéniens à moins de dépense dans le culte religieux à plus de modération dans le deuil . Et d’abord il prescrit , pour les funérailles , certains sacrifices qu’il substitue aux pratiques dures et barbares , que la plupart des femmes observaient jusque - là . Mais le plus important , c’est que ses expiations , ses sacrifices et ses dédicaces de temples purifient entièrement la ville , qu’il rend ainsi plus soumise à la justice , plus disposée à la concorde
Surlignement (jaune) - Emplacement 4494
13 . Athènes , après la fin de la sédition cylonienne et le bannissement des sacriléges , tel que nous l’avons raconté , vit se renouveler les anciens dissentiments politiques , et il se forma dans la ville autant de factions qu’il y avait dans [ 179 ] l’Attique de territoires différents . Les habitants de la Diacrie { 631 } voulaient un gouvernement démocratique , ceux de la Plaine tenaient pour l’oligarchie , et ceux de la Paralie { 632 } , partisans d’un état mixte , servaient de contre - poids , et empêchaient l’un ou l’autre parti de prévaloir . De plus , l’inégalité qui règne entre les pauvres et les riches étant plus tranchée que jamais , rendait tout à fait critique la situation de la ville , qui semblait n’avoir d’autre moyen de salut et de repos , au milieu de ces troubles , que le recours à la tyrannie . Le peuple tout entier était endetté auprès des riches . Les uns labouraient pour leur créancier et lui payaient le sixième du produit ; c’étaient ceux qu’on appelait sixenaires ou mercenaires ; les autres empruntaient sur leur personne { 633 } , et , adjugés à leurs créanciers , demeuraient esclaves dans l’Attique ou étaient vendus en pays étranger : plusieurs même étaient forcés de vendre leurs propres enfants , ce qu’aucune loi ne défendait , et de fuir loin de la ville pour échapper à la cruauté des usuriers . Les plus nombreux et les plus vigoureux se rassemblent , s’encouragent mutuellement à ne pas hésiter , mais à se choisir un chef digne de confiance , pour aller délivrer les débiteurs arriérés , faire un nouveau partage des terres , et changer toute la forme du gouvernement .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4517
On rapporte même un mot de lui , qu’il avait dit antérieurement , à savoir que l’égalité ne produit pas la guerre , mot qui plut à ceux qui possédaient quelque chose et à ceux qui ne possédaient rien , les uns espérant que l’égalité serait basée sur le mérite et sur la vertu , les autres sur le nivellement et le classement par tête .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4520
De là les deux partis avaient fondé de grandes espérances ; les chefs pressaient Solon d’accepter la tyrannie qui lui était offerte , et le sollicitaient de prendre résolûment le gouvernement d’une ville où il avait tout pouvoir .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4559
Les modernes ont remarqué que les Athéniens adoucissent l’odieux de certains abus , en les déguisant sous des noms honnêtes et bienséants : les prostituées sont des bonnes amies ; les impôts , des contributions ; les soldats en garnison , des gardiens ; la prison , une maison . Selon toute apparence , c’est Solon qui , le premier , recourut à cette sub [ 182 ] tilité , en donnant le nom de décharge à l’abolition des dettes , point de départ de ses réformes politiques . Par un décret , il annula toutes les dettes antérieures , et interdit , pour l’avenir , aux créanciers la contrainte par corps .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4567
Du reste , le complément de la loi fut l’augmentation des mesures et le taux des monnaies . La mine ne valait que soixante - treize drachmes { 643 } elle fut portée à cent , de sorte que les débiteurs , en payant une égale valeur numérique , mais effectivement moindre , gagnèrent beaucoup sans rien faire perdre aux créanciers .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4593
16 . Cependant Solon ne satisfit aucun des deux partis : il mécontenta les riches en leur ôtant leurs créances , et encore plus les pauvres , en ne partageant point les terres , comme ils l’avaient espéré , et en n’établissant pas , comme Lycurgue , une égalité parfaite de biens . Mais Lycurgue était le onzième descendant d’Hercule : il avait régné plusieurs années à Lacédémone ; il possédait un grand crédit , des amis , une puissance capable de l’aider dans ses projets de réforme politique ; et cependant il fut contraint d’employer la force plutôt que la persuasion , au point qu’il en perdit un œil pour établir celle de ses institutions qui pouvait le mieux conduire Sparte au salut et à la concorde , je veux [ 184 ] dire la suppression de toute pauvreté et de toute richesse parmi les citoyens . Solon ne pouvait aspirer jusque - là dans son administration , en sa qualité de plébéien , né dans une condition médiocre . Il ne resta pourtant pas au - dessous des moyens dont il pouvait disposer , n’ayant pour tout appui que sa sagesse et la confiance de ses concitoyens . Au reste , il témoigne lui - même que sa
Surlignement (jaune) - Emplacement 4607
Bientôt cependant on reconnut l’utilité de sa loi : chacun mit fin à ses murmures ; on fit un sacrifice commun , qu’on appela Sacrifice de la décharge , et l’on confia à Solon les fonctions de réformateur et de législateur . Ce ne fut plus un pouvoir limité : tout fut abandonné à sa discrétion , magistratures , assemblées , tribunaux , conseils , règlement des honoraires , du nombre et de la durée de chaque fonction publique , liberté d’abroger ou de conserver , à son gré , les coutumes et les institutions . 17 . Et d’abord il abolit toutes les lois de Dracon , à l’exception de celle qui était relative aux meurtres , à cause de leur sévérité et de l’excès des peines . En effet , elles ne prononçaient qu’une seule punition pour toutes les fautes , la mort . Un homme convaincu d’oisiveté était condamné au dernier supplice , et les voleurs de légumes ou de fruits étaient punis comme les sacriléges et les homicides . Aussi Démade , dans la suite , eut - il raison de dire que Dracon avait écrit ses lois avec du sang , non avec de l’encre . Du reste , comme on demandait à Dracon pourquoi il avait ordonné la peine de mort pour toutes les fautes , il répondit qu’il avait cru que les petites fautes méritaient cette peine , et que pour les grandes il n’en avait pas trouvé de plus grande .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4617
En second lieu , Solon voulant laisser toutes les magistratures , comme auparavant , aux mains des riches , et donner au peuple une part du gouvernement , dont il était exclu , fit faire le recensement des fortunes . Il forma une première classe des citoyens qui avaient cinq cents médimnes de revenu , tant en choses sèches qu’en liquides , et les appela Pentacosiomédimnes { 649 } . La seconde classe se composa de ceux qui pouvaient nourrir un cheval ou qui avaient trois cents médimnes : on les appela Chevaliers . Les Zeugites { 650 } composèrent la troisième classe : c’étaient ceux qui possédaient deux cents médimnes . Tous les autres reçurent le nom de Thètes { 651 } : les Thètes étaient écartés par Solon de toute espèce de magistrature ; ils ne participaient au gouvernement que par le droit de voter dans les assemblées et dans les jugements : droit qui ne fut rien d’abord , mais qui , dans la suite , parut très - considérable . En effet , la plupart des procès finissaient par retomber sous la juridiction populaire . Si donc les magistrats commençaient , presque toujours , par en connaître , Solon accordait la faculté d’en appeler de leur sentence au tribunal du peuple . On ajoute que l’obscurité même des lois qu’il avait écrites et leurs sens contradictoires accrurent beaucoup l’autorité des tribunaux . L’impossibilité de vider les différends d’après le texte de la loi faisait sans cesse recourir aux juges , auxquels il fallait porter , en dernier ressort , toute espèce de contestation : ce qui les rendait , en quelque sorte , maîtres absolus des lois . Lui - même parle , dans ses poésies , de cette compensation { 652 } :
Surlignement (jaune) - Emplacement 4633
Au peuple j’ai donné le pouvoir qu’il lui faut , Sans restreindre son droit , sans l’étendre par trop . Quant au riche , au puissant , fier de son opulence . J’ai d’avance étouffé l’excès de sa puissance . Armant chaque parti d’un ferme bouclier , J’ai fait qu’aucun des deux ne pût seul dominer . Outre cela , pleinement convaincu qu’il fallait soutenir la [ 186 ] faiblesse du peuple , il permit au premier venu de prendre la défense d’un citoyen insulté . Quelqu’un était - il frappé , lésé , outragé , chacun avait le droit , s’il le pouvait ou le voulait , de citer et de poursuivre l’agresseur : sage disposition du législateur pour accoutumer les citoyens à se regarder comme membres d’un même corps , à ressentir , à partager réciproquement les mêmes maux . On cite un mot de Solon , tout à fait conforme à l’esprit de cette loi . On lui demandait , à ce qu’il paraît , quelle était la ville la mieux policée : « Celle , dit - il , où tous les citoyens , lésés ou non , poursuivent et châtient également l’injustice
Surlignement (jaune) - Emplacement 4647
créa un second conseil de quatre cents membres , cent de chacune des quatre tribus , dans lequel on discutait les affaires avant de les proposer au peuple , et il ne permit jamais qu’on en portât une seule à l’assemblée générale , sans cette discussion préalable . Quant au conseil supérieur , Solon l’institua surveillant et gardien des lois . Il pensait qu’Athènes affermie par les deux conseils , comme par deux ancres , éprouverait moins d’agitation , et qu’il rendrait ainsi le peuple plus tranquille . La plupart des historiens attribuent à Solon , comme il a été dit , l’établissement de l’Aréopage ; et ce qui paraît confirmer ce témoignage , c’est que Dracon ne dit pas un mot des Aréopagites , qu’il ne homme pas , tandis qu’il s’adresse aux Éphètes { 653 } , à propos des lois sur le meurtre . Cependant la treizième table de Solon porte la huitième loi conçue en ces termes : « Quiconque aura été noté d’infamie avant l’archontat de Solon sera réhabilité , hormis ceux qui , ayant été condamnés par l’Aréopage , par les Éphètes , ou par les Rois dans le Prytanée { 654 } pour meurtre , brigandage , conspiration en vue de la tyrannie , ont été contumaces , lors [ 187 ] de la promulgation de cette loi . » Ces paroles sont une preuve que l’Aréopage existait avant l’archontat de Solon et la publication de ses lois { 655 } . Quels seraient , en effet , ces gens condamnés par l’Aréopage , avant Solon , si Solon eût le premier attribué à l’Aréopage le droit de juger ? À moins , pour tout dire , qu’il n’y ait quelque obscurité dans le texte , quelque lacune , et qu’on ne doive entendre que ceux qui auraient été convaincus , avant la publication de la loi , des crimes dont le jugement était réservé à l’Aréopage , aux Éphètes et aux Prytanes { 656 } , demeureraient infâmes , tandis que les autres seraient réhabilités . Telle était , du reste , l’intention de Solon . 20 . Parmi les autres lois de Solon , il en est une toute spéciale et très - étrange , qui note d’infamie celui qui dans une sédition ne se déclare pour aucun parti . Il voulait ; sans doute , que nul ne se montrât indifférent ou insensible aux événements publics , content de mettre en sûreté sa personne et ses biens , pour se vanter ensuite de n’avoir
Surlignement (jaune) - Emplacement 4670
ridicule , n’est celle par laquelle il est permis à une riche héritière , si le mari , qui en est maître et seigneur , est convaincu d’impuissance , d’avoir commerce avec le plus proche parent de son mari { 657
Surlignement (jaune) - Emplacement 4683
Pour les autres mariages , Solon proscrivit toute espèce de dot , sauf l’apport obligatoire de trois robes , avec quelques meubles sans grande valeur , et rien de plus . Il ne voulait pas que le mariage fût un trafic , ni un commerce , mais une société intime de l’homme et de la femme , un lien de douceur et d’amour , en vue de la procréation des enfants
Surlignement (jaune) - Emplacement 4696
21 . On loue aussi la loi de Solon qui défend de parler mal des morts . En effet , il est pieux de regarder les morts comme sacrés , juste de respecter ceux qui ne sont plus , politique de ne point garder de haine immortelle
Surlignement (jaune) - Emplacement 4700
Car ne pas savoir dominer sa colère , est d’un homme mal appris et violent : se maîtriser partout est difficile , impossible même à quelques - uns . La loi doit donc prescrire ce qui est possible , si elle veut en punir utilement un petit nombre et non pas un grand nombre inutilement .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4702
par la loi sur les testaments { 662 } . Avant lui , en effet , le droit de tester n’était pas connu : tous les biens du mort restaient dans sa famille . Solon permit à ceux qui n’avaient point d’enfants de donner à qui ils voudraient , préférant l’amitié à la parenté , la liberté du don à la contrainte , et faisant de la possession une véritable propriété .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4706
Cependant il y mit des réserves , et n’autorisa point simplement toute espèce de donations , mais celles - là seules qu’on avait faites en santé , à l’abri des breuvages , des maléfices , de la violence ou des séductions d’une femme
Surlignement (jaune) - Emplacement 4708
Il pensait avec raison et justice qu’il n’y a nulle différence entre les infractions à la loi qui sont l’œuvre de la violence et celles qui sont l’effet de la séduction , et il mettait au même rang la surprise et la force , la douleur et le plaisir , comme également capables d’entraîner l’homme hors de la voie du bon sens .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4711
voyages des femmes , leur deuil , leurs fêtes , et réprima leur licence et leurs désordres . Il leur défendit d’aller hors de la ville avec plus de trois robes , de porter de quoi manger et de quoi boire pour plus d’une obole
Surlignement (jaune) - Emplacement 4726
et fit une loi , qui dispensait un fils de nourrir son père , s’il ne lui avait pas fait apprendre un métier . Lycurgue , qui habitait une ville débarrassée de toute populace étrangère , qui pouvait disposer pour un grand peuple d’un territoire grand et capable , comme dit Euripide { 667 } , de contenir le double d’habitants ; Lycurgue , environné surtout d’une multitude d’Hilotes , qu’il fallait nécessairement ne pas laisser dans l’oisiveté , mais fatiguer [ 191 ] et comprimer par un travail continuel , eut raison d’interdire à Sparte toutes les possessions viles et mercenaires , afin de tenir sans cesse les citoyens sous les armes , et de ne les exercer à nul autre métier que la guerre . Mais Solon , accommodant les lois aux choses plutôt que les choses aux lois , et voyant que la nature du sol , qui suffisait à peine aux besoins des laboureurs , pourrait encore moins nourrir une populace oisive , mit les arts en honneur et chargea l’Aréopage de s’enquérir des ressources de chaque citoyen et de punir les oisifs { 668 } . Une autre loi encore plus rigoureuse est celle qui dispense , au dire d’Héraclide de Pont { 669 } , les enfants nés d’une courtisane de nourrir leur père
Surlignement (jaune) - Emplacement 4765
les gens de guerre furent des Hoplites , les artisans des Ergades ; il y avait encore deux autres classes : les Gédéontes , ou laboureurs , et les Égicores , ou bergers .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4778
aide au besoin , mais non pas entretenir la paresse
Surlignement (jaune) - Emplacement 4784
24 . De toutes les productions indigènes , Solon ne permit de vendre aux étrangers que l’huile et défendit l’exportation des autres .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4785
enjoignit à l’archonte de prononcer des imprécations contre ceux qui contreviendraient à la loi , sous peine de payer lui - même au trésor une amende de cent drachmes { 685 } . Cette loi est dans la première de ses tables .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4790
Il fixa également la réparation du dommage causé par les quadrupèdes { 687 } : quand un chien mord , on doit le livrer avec [ 194 ] un billot au cou de quatre mètres de long { 688 } : invention ingénieuse pour la sécurité publique . Il y a quelque difficulté à expliquer la loi relative à la concession du droit de cité ; Solon ne l’accordant qu’à ceux qui étaient bannis à perpétuité de leur patrie ou qui venaient s’établir à Athènes pour y exercer un métier { 689
Surlignement (jaune) - Emplacement 4800
Une loi propre à Solon , c’est l’institution des repas aux frais du public ; ce qu’il appelait lui - même parasiter { 690 } . Il ne permet pas au même d’y venir souvent , mais il punit celui qui ne veut pas venir y prendre place
Surlignement (jaune) - Emplacement 4804
La force des lois de Solon fut fixée pour toutes à cent ans :
Surlignement (jaune) - Emplacement 4833
Voulant donc éviter ces difficultés et se dérober aux importunités et aux plaintes , car , comme il le disait lui - même : « Dans les grandes affaires , il n’est pas aisé de plaire à tout le monde , » il prétexta le désir de commercer sur mer , s’embarqua et demanda aux Athéniens un congé de dix ans . Il espérait que ce temps suffirait pour qu’on s’accoutumât à ses lois .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4871
Déjà Crésus [ 198 ] prenait pour un stupide et un grossier cet homme qui , au lieu de mesurer le bonheur à la quantité de l’or et de l’argent , préférait la vie et la mort d’un homme du peuple à tant de puissance , à un si grand empire
Surlignement (jaune) - Emplacement 4878
« Les Grecs , lui dit - il , ô roi des Lydiens , ont reçu de Dieu en partage , entre autres faveurs , de garder en tout la mesure : nous avons une sagesse ferme , simple et , pour ainsi dire , populaire , qui n’a rien de royal , ni de brillant , mais qui résulte de cette mesure même . Elle observe que la vie humaine est agitée par de continuelles vicissitudes , et ne nous permet ni de nous enorgueillir de nos biens propres , ni d’admirer dans un autre un bonheur exposé aux retours de la fortune . À chaque homme l’avenir prépare mille événements imprévus . Celui donc à qui la divinité accorde jusqu’au bout un sort prospère , celui - là nous l’estimons heureux . Mais le bonheur de l’homme qui vit encore et qui est exposé à tous les périls de la vie est , comme la proclamation et la couronne pour l’athlète encore aux prises , une chance incertaine et dont on ne peut disposer . » Cela dit , Solon se retire laissant Crésus chagriné , mais non point corrigé .
Surlignement (jaune) - Emplacement 4955
actions . Il est vrai que Pisistrate maintenait la plupart des lois de Solon , s’y conformant le premier et y assujettissant ses amis .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5048
Les consuls consentent à les laisser parler au peuple ; Valérius s’y oppose et fait sentir qu’il ne faut pas donner à des hommes pauvres , et qui craignent bien plus la guerre que la tyrannie , des occasions et des prétextes de bouleversements .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5202
d’hui . La multitude ne s’aperçut pas que Valérius , par cette modération , loin de s’humilier comme on le croyait , se garantissait et se mettait à l’abri de l’envie , et qu’il gagnait en autorité personnelle tout ce qu’il semblait perdre du côté des prérogatives du pouvoir : le peuple , en effet , se soumit à lui avec plaisir et avec une entière déférence . De là vint son surnom de Publicola ; c’est - à - dire qui honore le peuple , titre qui prévalut sur ses premiers noms et que nous emploierons dans la suite de sa biographie .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5210
d’abord il compléta le sénat , réduit à un très - petit nombre : les uns , en effet , étaient morts naguère victimes de Tarquin , et les autres tout récemment dans le combat . Aux sénateurs qui restaient il en ajouta , dit - on , cent soixante - quatre .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5212
ensuite plusieurs lois qui donnèrent plus de force au pouvoir démocratique : ainsi la loi qui permit d’en appeler au peuple des jugements rendus par les consuls ; puis la loi qui prononçait la peine de mort contre ceux qui entreraient dans des charges , sans y avoir été nommés par le peuple . Une troisième loi fut d’un grand soulagement pour les pauvres : c’est celle qui déchargea les citoyens de tout impôt et qui donna à tout le monde un goût plus vif pour l’exercice des métiers . La loi qu’il porta contre ceux qui n’obéiraient pas aux consuls ne parut pas moins populaire , et on la trouva plus [ 218 ] favorable aux faibles qu’aux puissants . L’amende de la désobéissance fut de cinq bœufs et de deux moutons ; or , le prix d’un mouton était de dix oboles { 731 } , et celui d’un bœuf de cent { 732 } . Les
Surlignement (jaune) - Emplacement 5228
C’est ainsi que dans les prescriptions il se montra législateur populaire et modéré , mais cette modération n’empêcha pas toujours la vigueur de la répression . Il fit une loi qui permettait de tuer , sans autre forme de procès , quiconque aspirait à la tyrannie . Le meurtrier était absous du crime , du moment qu’il fournissait une preuve de la trahison
Surlignement (jaune) - Emplacement 5233
Comme les citoyens étaient obligés de contribuer de leurs biens aux frais de la guerre , et qu’il ne voulait ni en prendre lui - même la gestion , ni la confier à des amis , ni encore moins déposer les richesses de l’État dans une maison particulière , il désigna , pour servir de trésor , le temple de Saturne , encore aujourd’hui affecté à cet usage , et laissa au peuple le choix de deux questeurs , choisis parmi les jeunes gens
Surlignement (jaune) - Emplacement 5503
la rendit bienveillante et douce à tous les citoyens , et emprunta plusieurs lois à Solon . Ainsi , il donna au peuple le droit d’élire les magistrats et permit aux accusés d’en appeler au peuple , comme Solon avait établi l’appel aux juges . [ 234 ] Publicola ne créa point , comme Solon , un nouveau sénat , mais il augmenta l’ancien de près de moitié .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5507
la garde du trésor public fit qu’un consul , s’il était bon , ne manquait point de loisirs pour se livrer à des soins plus importants , et que , s’il était mauvais , il n’avait pas pour le mal les ressources qu’il eût trouvées , en restant maître de ses actes et des fonds de l’État . La haine des tyrans fut plus forte dans Publicola . Si un homme était convaincu d’aspirer à la tyrannie , Solon lui faisait intenter un procès , mais Publicola permettait de le tuer avant le jugement . Solon se glorifiait justement et à bon droit d’avoir refusé un pouvoir absolu , que lui offraient les circonstances et que ses concitoyens acceptaient de bon gré . Mais ce n’est pas une moindre gloire de Publicola de n’avoir pris un pouvoir absolu que pour le rendre plus populaire , et de n’avoir point usé de toute la puissance dont il disposait . Or , Solon lui - même a jadis exprimé cette pensée : « Le peuple , dit - il , Obéit sans murmure à celui qui commande , Quand il serre le frein et qu’il n’écrase pas { 787 } . » 3 . Un mérite particulier à Solon , c’est l’abolition des dettes , par laquelle fut particulièrement affermie la liberté des citoyens . En effet , il est inutile que les lois proclament l’égalité , si les dettes en privent les pauvres
Surlignement (jaune) - Emplacement 5524
administration , Solon eut un début plus brillant : il se fraya la route , il ne suivit personne , il acheva , par lui - même et sans aide , presque toutes les entreprises , et les plus grandes . Mais la fin de Publicola fut heureuse et digne d’envie . Car Solon vit renverser le gouvernement qu’il avait établi , tandis que les institutions de Publicola maintinrent l’ordre dans Rome jusqu’au temps des guerres civiles . C’est que Solon , aussitôt après avoir publié ses lois , les laissa sur leur bois et sur leurs rouleaux , privées de défenseurs , et s’éloigna d’Athènes . Publicola , demeurant à Rome , ayant en main les affaires et le pouvoir , affermit et assura la constitution qu’il avait donnée . Solon , après avoir essayé vainement d’arrêter les intrigues de Pisistrate , qu’il avait pressenties , finit par céder et se rendre à la tyrannie triomphante . Publicola abattit pour jamais une royauté puissante et qui florissait depuis plusieurs siècles . Son courage fut à la hauteur de son œuvre , et la fortune , jointe à la vigueur qui sait agir , vint seconder sa vertu
Surlignement (jaune) - Emplacement 5535
Mais Publicola remporta d’éclatantes victoires comme général et comme combattant . En ce qui touche à la politique , Solon , recourant à une sorte de jeu et contrefaisant l’insensé , s’avance en public pour parler de Salamine . Publicola , se jetant tout d’abord dans un grand danger , tient tête à Tarquin et dévoile la conjuration . Plus que tout autre , il est cause que les traîtres subissent leur supplice et ne peuvent s’y soustraire ; et , non content d’avoir chassé de Rome la personne des tyrans , il ruine complétement leurs espérances . Et cependant , tout en faisant face avec vigueur et avec constance aux affaires qui exigent de la résistance , du cœur et une opposition armée , il fit paraître encore plus de sagesse [ 236 ] dans celles qui requièrent les remontrances pacifiques et une douce persuasion . Il eut l’art de gagner Porséna , prince invaincu et redoutable , et de l’amener dans son amitié .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5543
politique est un homme divers ; il doit savoir prendre les affaires du côté par lequel chacune est saisissable , sacrifier souvent une partie pour sauver le tout , et céder un peu pour gagner davantage . Ainsi cet homme illustre , par la cession de quelques terres étrangères , assura , ce jour - là , la conservation de tout son pays , et les Romains , pour qui c’eût été un grand avantage de sauver leur ville , s’emparèrent du camp des assiégeants . En prenant son ennemi pour juge et en en triomphant , il obtint , avec la victoire , tout ce qu’il eût donné volontiers pour être vainqueur . En effet , Porséna mit fin à la guerre et laissa aux Romains toutes ses munitions , estimant la vertu et la générosité de tout le peuple sur l’idée que lui en avait donnée le consul
Surlignement (jaune) - Emplacement 5623
un peu d’impertinence , qu’il ne savait ni accorder une lyre , ni jouer du luth , mais que , si on lui donnait une ville petite et sans gloire , il la rendrait glorieuse et grande
Surlignement (jaune) - Emplacement 5631
Mnésiphile le Phréarien { 801 } . Ce n’était ni [ 241 ] un rhéteur , ni un de ces philosophes qu’on nomme physiciens { 802 } , mais il professait ce qu’on appelait la sagesse , c’est - à - dire l’art de gouverner et l’intelligence pratique des affaires : espèce de système qui s’était conservé et transmis comme dans une école depuis Solon . À ces doctrines on mêla dans la suite l’art de la controverse : on passa des affaires aux discours , et les maîtres du genre furent appelés sophistes .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5662
Et d’abord , il osa , seul , proposer aux Athéniens , dans l’assemblée du peuple , de ne plus se partager le produit des mines d’argent du Laurium { 804 } , comme c’était l’usage , mais d’en affecter le revenu à la construction d’une flotte pour la guerre d’Égine
Surlignement (jaune) - Emplacement 5671
: ses hoplites , dit Platon { 805 } , furent transformés par Thémistocle en matelots et en gens de mer ; et c’est ainsi qu’il prêta le flanc au reproche d’avoir arraché aux Athéniens la pique et le baudrier pour les réduire au banc et à la rame . Or , il atteignit ce but , suivant Stésimbrote , en dépit des contradictions de Miltiade .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5697
Cependant Thémistocle était agréable à la multitude , parce qu’il était juge impartial dans les différends
Surlignement (jaune) - Emplacement 5711
Mais le plus beau de ses actes , c’est d’avoir mis fin aux différends de la Grèce , réconcilié les villes entre elles , et persuadé à tous d’oublier les haines , en face de l’ennemi commun : entreprise où l’on dit qu’il fut puissamment secondé par Chiléos d’Arcadie { 812
Surlignement (jaune) - Emplacement 5750
Et de fait , ce commencement de la victoire , c’est l’audace .
Surlignement (jaune) - Emplacement 5767
endroits où il voyait que les ennemis ne manqueraient pas de jeter l’ancre et de relâcher , il faisait graver de grandes lettres , ou sur les pierres que lui offrait le hasard , ou sur d’autres qu’il faisait placer dans les lieux de relâche et d’aiguade . Ces inscriptions s’adressaient aux Ioniens : elles les engageaient à venir , s’il était possible , se réunir à leurs pères , à ceux qui s’exposaient les premiers pour défendre leur liberté . S’ils ne le pouvaient pas , du moins devaient - ils essayer de harceler l’armée barbare et d’y jeter le désordre
Surlignement (jaune) - Emplacement 5781
Alors Thémistocle , désespérant de déterminer le peuple par des raisonnements humains , recourt , comme à une machine de tragédie , aux prodiges et aux oracles
Surlignement (jaune) - Emplacement 5789
Son avis prévaut et il dresse un décret par lequel les Athéniens mettent leur ville sous la garde de Minerve , protectrice des Athéniens , et qui enjoint à tout homme en âge de porter les armes de s’embarquer sur la flotte , avec ordre de pourvoir de son mieux à la sûreté de sa femme , de ses enfants et de ses esclaves . Le décret est ratifié , et la plupart des Athéniens envoient leurs parents et leurs femmes à Trézène { 826 } , où on leur fait le plus généreux accueil
Surlignement (jaune) - Emplacement 5826
Misérable , dit - il , si nous avons abandonné nos maisons et nos murailles , c’est que nous n’avons pas voulu devenir esclaves , pour des choses inanimées . Mais il nous reste encore la plus grande des villes de la Grèce , ce sont ces deux cents trirèmes qui sont ici pour vous secourir , si vous voulez être sauvés . Mais si vous partez , si vous nous trahissez une seconde fois , bientôt on entendra dire parmi les Grecs que les Athéniens possèdent une ville libre , un pays non moins beau que celui qu’ils ont perdu { 833 } . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 5990
C’était garantir le peuple contre l’aristocratie et le remplir de confiance en lui - même , que de mettre ainsi l’autorité aux mains des matelots , des rameurs et des pilotes . Aussi , dans la suite , la tribune du Pnyx , qui regardait la mer , fut - elle tournée du côté de la terre par les Trente { 867 } ; ils pensaient que les forces maritimes engendrent la démocratie , tandis que l’oligarchie trouve moins de résistance chez les laboureurs .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6052
Les Athéniens le bannirent donc par l’ostracisme pour rabattre cet excès d’autorité et d’influence , ainsi qu’ils avaient coutume de traiter tous ceux dont la puissance leur semblait trop grande , trop pesante , et hors de proportion avec l’égalité démocratique . En effet , ce ban n’était pas une punition , mais un adoucissement et un soulagement à l’envie , qui se plaisait à rabaisser ceux qui étaient trop élevés et qui exhalait sa colère en leur infligeant cette humiliation .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6444
Quant à Camille , la grandeur de son exploit , la prise d’une ville rivale de Rome , après dix ans de siége , ou
Surlignement (jaune) - Emplacement 6448
après . Car les Romains regardent comme sacré un char de cette espèce , et le réservent pour le roi et le père des dieux { 932 } . Dès lors il tomba en discrédit auprès de ses concitoyens , qui n’étaient point accoutumés à une vie luxueuse ; et il encourut une seconde fois leur malveillance en s’opposant à la loi sur le partage de la population . Les tribuns du peuple avaient proposé { 933 } qu’on fît deux parts égales du peuple et du sénat : une moitié resterait à Rome , l’autre , tirant au sort , émigrerait dans la ville nouvellement prise : par là , tout le monde y gagnerait : on aurait deux grandes et belles villes dont les habitants veilleraient conjointement sur le pays et sur les autres biens . Le peuple , dont le nombre s’était accru et non la richesse , accueille la proposition avec plaisir ; groupé continuellement autour de la tribune , il demande en tumulte qu’on aille aux voix . De son côté , le sénat , ainsi que les principaux citoyens , voyant dans la proposition des tribuns non pas la division , mais la destruction de Rome , s’indigne et recourt à Camille . Camille , qu’effrayait ce débat , allègue au peuple des prétextes , des délais , à l’aide desquels il remet la loi : et voilà comment il se fait mal venir .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6492
9 . Les tribuns avaient reproduit la loi sur le partage des habitants , mais la guerre contre les Phalisques , survenant à propos , permit aux patriciens de diriger les comices à leur gré .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6506
En effet , les Phalériens ,
Surlignement (jaune) - Emplacement 6525
Ils se réunissent en assemblée , et lui envoient des députés , pour se livrer à lui , eux et leurs biens .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6525
Rome . Admis dans le sénat , ils disent que les Romains , en préférant la justice à la victoire , leur ont appris à préférer eux - mêmes la défaite à la liberté , et de même qu’ils se croient inférieurs en puissance , ils se confessent vaincus en vertu . Le sénat les renvoie au jugement et à la décision de Camille , qui se contente d’exiger une contribution des Phalériens , et qui , après avoir conclu un traité d’amitié avec tous les Phalisques , s’en retourne dans sa patrie .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6538
L’accusateur de Camille était Lucius Apuléius : il l’accusait d’avoir détourné une grande partie du butin fait sur les Étrusques :
Surlignement (jaune) - Emplacement 6543
Camille n’en peut supporter davantage : la colère le décide à partir et à s’exiler de sa patrie
Surlignement (jaune) - Emplacement 6600
Brennus { 961 } , roi des Gaulois , se mettant à rire : « Le tort qu’ils nous ont fait , dit - il , c’est que , ne pouvant cultiver qu’une petite étendue de terrain , ils veulent posséder des terres immenses et refusent de partager avec nous autres , étrangers , qui sommes nombreux et pauvres . Tel était , Romains , le tort que vous avaient fait jadis les Albains , les Fidénates , les Ardéates , et de nos jours les Véiens et les Capénates , avec la plupart des Phalisques et des Volsques . Vous marchez en armes contre tous ceux qui ne veulent pas vous livrer une part de leurs biens , vous les réduisez en esclavage , vous les pillez , vous détruisez leurs villes . Vous ne faites là rien d’étrange ni d’injuste , vous [ 292 ] suivez la plus ancienne de toutes les lois , celle qui donne au plus fort les biens du plus faible , en commençant par Dieu et en finissant par les bêtes : il est ; en effet , dans leur nature que le plus fort chez elles cherche à avoir , plus que le plus faible . Cessez donc de prendre pitié des Clusins assiégés , afin de ne pas apprendre aux Gaulois à devenir bons et sensibles pour les peuples opprimés par les Romains { 962 } . » Ces paroles prouvent aux Romains que Brennus est intraitable . Ils
Surlignement (jaune) - Emplacement 6619
À Rome , dans l’assemblée du sénat , on blâme généralement la conduite de Fabius : les prêtres appelés Fécials l’accusent au nom des dieux , et demandent avec instance aux sénateurs de faire retomber sur un seul l’expiation du crime , afin de détourner des autres la vengeance du ciel . Ces Fécials avaient été institués par Numa Pompilius { 963 } , le plus doux et le plus juste des rois , pour être les gardiens de la paix , les juges et les arbitres des motifs qui légitiment [ 293 ] la prise des armes . Le sénat renvoie l’affaire au peuple : les prêtres renouvellent leur , accusation contre Fabius ; mais le peuple porte si loin le mépris et la dérision pour les droits sacrés de la religion , qu’il nomme Fabius tribun militaire avec ses frères . Les Gaulois , indignés à cette nouvelle , partent sans délai , marchent en toute hâte ; leur nombre , l’éclat de leurs armures , leur force , leur fureur jettent l’épouvante sur leur passage : on croit perdu tout le pays , détruites toutes les villes ; mais , contre l’attente générale , ils ne font aucun dégât , ne prennent rien dans les champs , et , en passant auprès des villes , ils crient qu’ils marchent sur Rome , qu’ils ne font la guerre qu’aux Romains , que les autres peuples sont leurs amis . Pendant cette marche rapide des barbares , les tribuns militaires sortent de Rome pour combattre . Le
Surlignement (jaune) - Emplacement 6809
26 . Accueilli par des transports de joie , Camille vient à eux , trouve vingt mille hommes sous les armes , rassemble , en outre , un plus grand nombre d’alliés , et se prépare à l’attaque . Voilà comment Camille , élu dictateur pour la seconde fois , se rendit à Véies , rencontra les soldats romains , rassembla un plus grand nombre d’alliés et se mit en marche contre les ennemis { 1003
Surlignement (jaune) - Emplacement 6856
Mais Brennus , comme par moquerie et par insulte , détache son épée avec le baudrier et l’ajoute aux poids . Sulpicius lui demande ce que c’est : « Que veux - tu que ce soit , dit Brennus , si ce n’est malheur aux vaincus ? » Depuis ce temps , le mot est demeuré proverbe .
Surlignement (jaune) - Emplacement 6880
30 . C’est ainsi que Rome , prise d’une manière prodigieuse , fut sauvée d’une manière plus prodigieuse encore , après être restée sept mois au pouvoir des Barbares . Entrés peu de jours après les ides de Quintilis , ils furent chassés vers les ides de février
Surlignement (jaune) - Emplacement 6900
: c’était pour être appelé non - seulement le chef et le général des Romains , mais le fondateur de Rome , à l’exclusion de Romu [ 308 ] lus . Aussi le sénat , craignant une émeute , ne permit - il pas à Camille , malgré ses refus , de se démettre du pouvoir avant l’année révolue , quoique jusque - là aucun autre dictateur ne l’eût exercé plus de six mois . En même temps les sénateurs cherchaient à consoler et à adoucir le peuple par la persuasion et par les caresses , lui montrant les monuments et les tombeaux de leurs ancêtres , lui rappelant les lieux sacrés , les temples saints dont Romulus , Numa ou tout autre de leurs rois leur avait transmis le dépôt vénéré
Surlignement (jaune) - Emplacement 6921
Voilà comment on refit la ville sans régularité dans les rues , sans ordonnance dans les édifices : ce fut une œuvre d’ardeur et de précipitation . On dit , en effet , que , en une année , la ville neuve fut reconstruite , depuis les murailles jusqu’aux maisons des particuliers . Ceux que Camille avait chargés de retrouver et de limiter les enceintes sacrées , au milieu de la confusion générale , étaient arrivés , après avoir fait le tour du Palatium , au sacellum de Mars , qui , comme tout le reste , avait été détruit et brûlé par les Barbares . En fouillant et en nettoyant la place , ils y retrouvent le bâton augural de Romulus , enseveli sous un monceau de cendres
Surlignement (jaune) - Emplacement 6931
durée éternelle . 33 . On n’était point encore reposé de ces travaux , lorsque survint une nouvelle guerre . Les Èques , les Volsques et les Latins entrent en armes sur le territoire de Rome ; les Étrusques viennent assiéger Sutrium { 1013 } , ville alliée des Romains ; enfin , les tribuns militaires , qui commandaient [ 310 ] l’armée et qui avaient placé leur camp près du mont Marcius { 1014 } , y étaient assiégés par les Latins , et comme ils couraient risque d’y être forcés , ils avaient envoyé à Rome demander du secours
Surlignement (jaune) - Emplacement 6938
fut nommé dictateur pour la troisième fois { 1015 }
Surlignement (jaune) - Emplacement 6979
vent souffle avec violence : Camille commande la charge et fait pleuvoir sur les retranchements une grêle de traits enflammés . Aussitôt la flamme se répand sur ces pieux serrés les uns contre les autres et sur les travaux en croix ; l’incendie se communique au reste de l’enceinte
Surlignement (jaune) - Emplacement 6998
36 . Le triomphe que lui valurent ces exploits ne lui concilia pas moins d’estime et de faveur que les deux premiers . Ses envieux les plus acharnés parmi ses concitoyens , ceux qui voulaient attribuer ses succès à la fortune plutôt qu’à sa valeur , se virent contraints par les faits mêmes à en faire honneur à sa prudence et à son activité . Or , le plus illustre de ses jaloux était Marcus Manlius , celui qui avait repoussé le premier les Gaulois , du haut de la citadelle , la nuit qu’ils escaladèrent le Capitole , et qui , pour cela , avait reçu le surnom de Capitolin . Manlius voulait être le premier de ses concitoyens , et ne pouvant , par des voies honorables , surpasser la gloire de Camille , il prit la voie familière et habituelle à ceux qui aspirent à la tyrannie
Surlignement (jaune) - Emplacement 7003
; s’attachant la foule par des moyens démagogiques , et surtout les citoyens endettés , prenant parti et plaidant contre leurs créanciers , arrachant de force et empêchant de devenir esclave celui [ 314 ] qu’adjugeait la loi { 1019 } . Aussi fut - il bientôt entouré d’une foule d’indigents , qui donnaient les plus grandes craintes aux meilleurs citoyens par leur audace et les troubles du Forum . Élu dictateur dans ces conjonctures , Quintus Capitolinus fait emprisonner Manlius { 1020 } . Mais alors le peuple prend le deuil , ce qu’il ne faisait que dans les grandes calamités publiques , et le sénat , craignant la sédition , ordonne de relâcher Manlius . Relâché , Manlius n’en devient point meilleur ; il n’est que plus insolent dans ses menées démagogiques et séditieuses .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7028
37 . Camille est appelé pour la sixième fois au tribunat { 1027 } , mais il refuse , étant déjà avancé en âge ; et peut - être craignait - il l’envie ou les revers après tant de gloire et de succès . La cause la plus apparente de son refus était sa mauvaise santé : car il se trouvait malade en ce moment .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7068
Licinius Stolon { 1033 } excite dans la ville une grande sédition , où le peuple se soulève contre le sénat , afin d’obtenir par force que des deux consuls élus l’un fût choisi parmi les plébéiens et non pas tous les deux parmi les patriciens . On commence par élire les tribuns ; mais le peuple empêche de continuer les comices pour la nomination des consuls
Surlignement (jaune) - Emplacement 7071
La ville , faute de magistrats , va se voir entraînée aux plus grands troubles . Le sénat nomme Camille dictateur pour la quatrième fois { 1034 } , malgré le peuple . Il n’accepte lui - même qu’à regret , ne voulant point avoir à lutter contre des hommes en droit de lui dire , après tant de glorieux exploits , que ce qu’il avait accompli avec eux dans ses commandements militaires , était bien autre chose que ce que les patriciens l’avaient aidé à faire dans sa carrière politique ; et maintenant même que les patriciens ne l’avaient élu en haine du peuple , que pour écraser le peuple s’il avait le dessus , ou pour être écrasé à son tour , s’il avait le dessous . Toutefois il essaye de remédier au présent . Averti du jour où les tribuns du peuple se proposaient de faire passer leur loi , il fait publier avant eux une levée de troupes , et appelle le [ 318 ] peuple du forum au champ de Mars , avec menace d’une forte amende pour les délinquants . Les tribuns { 1035 } , de leur côté , opposent menaces à menaces ; ils jurent de le condamner lui - même , s’il s’obstine à empêcher le peuple de voter la loi , à une amende de cinquante mille as { 1036 } . Soit qu’il redoute un nouvel exil et une seconde condamnation , ignominieuse pour un vieillard qui avait fait de si glorieux exploits , soit qu’il se croie incapable de lutter contre la violence irrésistible et invincible de la foule , Camille se retire chez lui , et quelques jours après , alléguant sa mauvaise santé , il abdique la dictature
Surlignement (jaune) - Emplacement 7092
Restait la lutte des comices consulaires , la grande difficulté et la cause première de la sédition ; et cette rivalité du sénat et du peuple causait de nombreux embarras , lorsque l’on apprend , par des avis certains , que les Gaulois , partis une seconde fois des bords de la mer Adriatique , marchaient une seconde fois sur Rome en hordes innombrables { 1039 }
Surlignement (jaune) - Emplacement 7097
sédition . Unis dans une pensée commune , plébéiens et patriciens , peuple et sénat , élisent unanimement Camille dictateur pour la cinquième fois { 1040 } . Malgré son extrême vieillesse , car il était [ 319 ] presque octogénaire , Camille ne considère que l’imminence et le danger ; il n’allègue plus , comme auparavant , de subterfuge , ni d’excuse ; il accepte sans balancer la dictature , et lève ses futurs combattants . Sachant par expérience que la plus grande force des Barbares était dans leurs épées , qu’ils maniaient à la barbare , sans dextérité , taillant lourdement épaules et têtes , il arme la plus grande partie de ses soldats de casques de fer poli , sur lesquels les épées des Gaulois ne peuvent manquer de se glisser et de se rompre . Aux boucliers il fait adapter une lame circulaire d’airain , le bois n’en étant pas assez fort pour résister aux coups . Enfin il enseigne aux soldats à se servir dextrement de longues piques , et à les glisser sous les épées des ennemis , pour prévenir leurs coups de taille assénés de haut .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7130
Mais en politique , une lutte plus grande et plus pénible lui était réservée contre ce peuple , devenu plus fort par ses succès , et exigeant que l’un des deux consuls fût pris parmi les plébéiens contrairement à la loi établie , et malgré le sénat , qui empêchait Camille de se démettre de la dictature , dans l’espoir qu’il pourrait , à [ 321 ] l’aide de cette autorité grande et forte , combattre avec plus d’avantage pour l’aristocratie . Mais un jour que Camille , assis sur son tribunal , rendait la justice dans le Forum , un licteur , envoyé par les tribuns du peuple , lui ordonne de le suivre , et met la main sur lui , comme pour l’emmener de force . C’est un bruit , un tumulte s’il en fut , dans toute la place publique . Ceux qui entourent Camille repoussent le licteur du tribunal , tandis que la multitude lui crie d’en bas d’en arracher le dictateur . Camille ne sait que faire dans la circonstance ; il ne se démet pourtant pas de sa charge ; mais , emmenant les sénateurs qui sont avec lui , il se rend au sénat . Avant d’y entrer , il se tourne vers le Capitole prie les dieux de conduire à bonne fin les conjonctures présentes , et fait vœu , si les troubles s’apaisent , d’élever un temple à la Concorde . Un grand débat a lieu dans le sénat , à cause de la divergence des opinions ; mais enfin la plus modérée prévaut , celle qui cède au peuple , et qui permet d’élire dans les comices un des deux consuls parmi les plébéiens { 1044 } . Le dictateur proclame la décision du sénat dans l’assemblée du peuple . Aussitôt , comme de juste , le peuple joyeux se réconcilie avec les sénateurs , et Camille est reconduit chez lui avec des applaudissements et des cris .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7237
D’où il suit que des œuvres sont inutiles aux regardants , quand elles ne provoquent aucun désir de les imiter , et qu’elles ne communiquent point l’envie , la passion de les prendre pour modèles .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7239
La vertu , au contraire , produit une [ 327 ] impression immédiate par le fait même , et elle inspire tout ensemble l’admiration pour l’action et le désir d’imiter celui qui l’a faite . Dans les biens de la fortune , ce qui nous plaît , c’est la possession , la jouissance , dans ceux de la vertu , ce sont les faits que nous aimons . Aussi nous voulons bien tenir les uns de la main de nos semblables , mais nous aimons mieux que nos semblables tiennent les autres de notre main . La vertu nous pousse donc d’elle - même à agir ; elle nous communique immédiatement une force agissante , qui n’use point de l’imitation pour donner une leçon à celui qui la voit , mais qui , par l’histoire même du fait , nous provoque à l’imiter .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7280
Périclès suivit aussi les leçons de Zénon d’Élée { 1062 } , philosophe physicien comme Parménide { 1063 } , dialecticien exercé , et qui , dans la controverse , enfermait son adversaire dans un extrême embarras .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7287
Périclès vécut le plus étroitement , celui qui lui donna cette hauteur de ton et de sentiments un peu écrasante pour une démocratie , celui qui éleva , qui ennoblit la majesté de ses allures , fut Anaxagore de Clazomène { 1065 } , que ses contemporains appelaient Esprit , soit par admiration pour son intelligence étonnante , surhumaine , à pénétrer les secrets de la nature , soit parce que le premier , il attribua la formation et l’ordre de l’univers , non plus au hasard ni à la fatalité , mais à un esprit pur et sans mélange qui , dans la matière où elles se confondent , sépare les substances homogènes
Surlignement (jaune) - Emplacement 7311
Périclès retira de la société d’Anaxagore : il paraît être devenu supérieur à la superstition qu’inspire la vue des phénomènes célestes à ceux qui n’en connaissent pas les causes , et dont cette crainte des dieux jette l’ignorance dans la terreur et dans le trouble , [ 331 ] tandis que l’étude de la nature , en détournant d’une dévotion superstitieuse et timorée , produit une piété solide fondée sur un heureux espoir .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7322
Rien n’empêche , selon moi , que d’aventure le naturaliste et le devin aient rencontré juste , l’un en expliquant la cause du phénomène , l’autre en en donnant l’explication . L’un devait , en effet , considérer d’après quels principes et comment il avait lieu , et l’autre exposer pourquoi il avait lieu et ce qu’il voulait dire . Or , ceux qui prétendent que découvrir la cause c’est détruire le signe lui - même , ne réfléchissent pas qu’ils anéantissent les indices donnés par les dieux ou créés par des conventions humaines , comme le son des bassins , la lumière des fanaux et l’ombre des gnomons : toutes choses dont la cause et l’appareil produisent un signe de convention . Mais ces réflexions seraient mieux placées dans un autre traité .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7333
quand Périclès s’attacha au parti populaire , préférant au pouvoir oligarchique des riches la force démocratique des pauvres , et cela malgré sa nature très - peu démocratique . Il craignait apparemment le soupçon d’aspirer à la tyrannie ; et puis il voyait l’aristocrate Cimon devenu l’idole de tous les hommes vertueux et bien nés . Il se jeta donc dans les bras du peuple pour s’en faire une sûreté et un appui contre son rival .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7351
8 . Désireux de se former un style approprié à sa façon de vivre et comme un instrument à la hauteur de ses pensées , Périclès eut sans cesse recours aux leçons d’Anaxagore , et trempa , pour ainsi dire , son éloquence dans la teinture de la physique
Surlignement (jaune) - Emplacement 7381
9 . Tucydide { 1081 } représente le gouvernement de Périclès comme une aristocratie , à laquelle on donnait , il est vrai , le nom de démocratie , mais qui , de fait , était une principauté régie par le premier homme de l’État . Plusieurs autres prétendent que c’est lui qui établit le premier la coutume corruptrice de faire au peuple des distributions de terres ou d’argent pour les spectacles ; ce qui le rendit prodigue et rebelle aux gouvernants , au lieu de demeurer sage et travailleur { 1082 } . On peut se convaincre par les faits mêmes de la cause de ce changement . Dans le principe , avons - nous dit , Périclès , voulant rivaliser de renommée avec Cimon , commença par s’insinuer dans les bonnes grâces du peuple . Mais inférieur en richesses et en biens à un homme qui pouvait soulager les pauvres , tenir chaque jour table ouverte pour tous les Athéniens , habiller les vieillards , et qui avait même fait enlever les haies de ses propriétés , afin que quiconque voudrait y allât cueillir des fruits , Périclès , [ 335 ] vaincu en popularité , recourut à des largesses faites avec les fonds publics , d’après les conseils de Démonide d’Œa , comme le raconte Aristote { 1083 } . Bientôt il séduisit la multitude en lui payant de quoi assister aux spectacles , siéger aux tribunaux ; et autres salaires analogues , et en se chargeant des fonctions de chorége ; puis il s’en servit contre l’Aréopage dont il n’était pas membre , attendu qu’il n’avait jamais été désigné par le sort pour être archonte , thesmothète , roi des sacrifices , ni polémarque . Or , de toute antiquité , ces offices étaient assignés par le sort , et ceux qui les avaient exercés entraient de droit à l’Aréopage . Ainsi , fort de l’appui du peuple , Périclès jeta le trouble dans le conseil , lui fit enlever par Éphialte la plupart des jugements , et exiler Cimon par l’ostracisme comme ami de Lacédémone et ennemi du peuple , Cimon qui ne le cédait à personne en naissance et en richesse , vainqueur des Barbares en de brillants combats , et qui avait rempli la ville de trésors et de dépouilles , comme il a été écrit dans sa biographie . Tel était l’ascendant de Périclès sur le peuple .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7427
Le parti aristocratique , voyant Périclès devenu le premier et le plus grand des citoyens , veut avoir un homme qui lui tienne tête dans la ville , affaiblisse sa puissance et l’empêche de dégénérer en monarchie absolue
Surlignement (jaune) - Emplacement 7435
Mais la lutte et la rivalité de ces personnages firent une espèce d’incision profonde , qui trancha la ville en deux sections , le peuple et l’oligarchie .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7437
C’est alors et pour cela que Périclès , lâchant plus que jamais la bride au peuple , suivit une politique toute populaire , inventant chaque jour quelques fêtes pompeuses , des banquets , des solennités , et façonnant la cité à des plaisirs qui n’étaient pas sans élégance . Tous les ans , il faisait partir soixante trirèmes montées par un grand nombre d’Athéniens , qui devaient , moyennant une solde , tenir la mer pendant huit mois pour s’exercer et s’instruire dans l’art [ 338 ] nautique . En outre , il envoya une colonie de mille hommes dans la Chersonèse , une de cinq cents à Naxos , une de deux cent cinquante à Andros , et une autre de mille en Thrace , dans le pays des Bisaltes : enfin il peupla en Italie Sybaris , qui venait d’être rebâtie sous le nom de Thurii { 1089 } . Par ce moyen , il déchargea la ville d’une populace oisive et turbulente , subvint aux besoins urgents des pauvres , et imposa aux alliés une garde permanente dont la crainte arrêtait toute idée de révolution .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7446
Mais ce qui fit le plus de plaisir à Athènes , ce qui devint pour elle le plus bel ornement et par tout l’univers le plus grand objet d’admiration , la seule chose enfin qui atteste la vérité de tout ce qu’on a dit de la puissance de la Grèce et de sa splendeur passée , c’est la magnificence des édifices construits par Périclès . C’est aussi contre ces monuments de son administration que se sont le plus déchaînés ses ennemis , que leurs calomnies ont le plus éclaté dans les assemblées . « Le peuple , criaient - ils , s’est perdu d’honneur et de réputation , en tirant de Délos le trésor commun de la Grèce , pour en employer les richesses à son profit { 1090 } . Le prétexte le plus plausible à opposer à ceux qui nous en ont fait un crime , à savoir que la crainte des Barbares nous fait retirer du dépôt ordinaire , pour le garder en lieu sûr , ce qui est à tous , ce prétexte , Périclès nous l’a enlevé . Et la Grèce n’a - t - elle pas raison de se croire indignement outragée , ouvertement tyrannisée , quand elle voit que les sommas Déposées par elle dans le trésor commun et destinées à la guerre , nous les dépensons , nous , à couvrir notre ville de dorures et d’ornements recherchés , comme une coquette sur [ 339 ] chargée de pierreries , à y dresser des statues et des temples de mille talents { 1091 } ? » Périclès répondait au peuple { 1092 } : « Vous ne devez à vos alliés aucun compte de votre argent , puisque c’est vous qui faites la guerre pour eux , et qui arrêtez les Barbares loin de la Grèce , tandis qu’ils ne vous fournissent pas un cheval , pas un vaisseau , pas un hoplite , et qu’ils ne contribuent que de leurs deniers . Or , l’argent , une fois donné , n’est plus à qui l’a donné , mais à qui l’a reçu , pourvu qu’on remplisse les engagements contractés en le recevant . Il faut donc , une fois la ville abondamment pourvue de tout ce qui est nécessaire à la guerre , tourner l’excédant de ses ressources vers des ouvrages qui lui procurent une gloire éternelle , et qui , achevés , lui laisseront encore assez d’opulence , grâce au développement d’une industrie variée , à la multiplicité des besoins qui éveillent toute espèce de talents , qui remuent tous les bras , qui mettent presque tout entière à la solde du trésor public la ville à la fois ornée et nourrie par elle - même . En effet , ceux que leur âge et leurs forces rendent propres au service militaire reçoivent leur paye sur le fonds commun ; mais la classe ouvrière , qui ne va point à l’armée , je n’ai pas voulu qu’elle fût privée des mêmes avantages ni cependant qu’elle les dût à la paresse et à l’oisiveté . J’ai donc réalisé , dans l’intérêt du peuple , ces grands projets de construction , ces travaux destinés à occuper longtemps diverses industries . De cette sorte , la population sédentaire n’aura pas moins de droits à toucher sa part des deniers publics que les matelots , les garnisons et les milices actives . Partout où se trouvaient les matières premières , marbre , airain , ivoire , or , ébène , cyprès , nous les avons fait travailler et mettre en œuvre par de nombreux artisans , charpentiers , mouleurs , forgerons , marbriers , teinturiers , orfévres , tourneurs en ivoire , peintres , ouvriers en mosaïque , ciseleurs . [ 340 ] Pour le transport et le charroi de ces objets , il nous a fallu par mer des marchands , des matelots ou des pilotes ; par terre des voituriers et des charretiers , et puis encore des charrons , des carriers , des corroyeurs , des paveurs , des mineurs . Et chaque métier occupe , en outre , comme un général , une armée spéciale , foule manouvrière et salariée , corps organisé d’états rétribués . Ainsi le service général répand et distribue , en quelque sorte , le bien - être parmi tous les âges et toutes les conditions . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 7477
13 . Cependant ces édifices s’élevaient , admirables de grandeur , inimitables de beauté et d’élégance . Les artistes rivalisaient à qui surpasserait l’ensemble de l’œuvre par la grâce des détails . Mais ce qu’il y avait avant tout de surprenant , c’était la rapidité de l’exécution . On croirait , en effet , que chacun de ces
Surlignement (jaune) - Emplacement 7483
survivance . Mais c’est cela même qui rend encore plus
Surlignement (jaune) - Emplacement 7484
exécutés en si peu de temps pour une longue durée . Par
Surlignement (jaune) - Emplacement 7503
C’est alors que Périclès , pour accroître sa célébrité , fit décréter par le peuple que , à la fête des Panathénées { 1095 } , il y aurait un prix de musique . C’était une innovation : nommé lui - même athlothète { 1096 } , il détermina le mode de chacun des exercices , à savoir : la flûte , le chant et la lyre
Surlignement (jaune) - Emplacement 7531
de Thucydide se déchaînaient en cris contre Périclès , l’accusant de dilapider le trésor et de dissiper les revenus .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7532
Périclès demande dans l’assemblée du peuple s’il a trop dépensé : « Beaucoup trop , lui répond - on . — Hé bien ! répond - il , ne partagez point la dépense ; laissez - la - moi . Mais aussi j’inscrirai mon nom seul sur les monuments
Surlignement (jaune) - Emplacement 7534
À peine a - t - il dit ces mots que le peuple , frappé de sa grandeur d’âme ou jaloux de la gloire de ses travaux , lui crie de puiser dans le trésor , de dépenser à son gré , de ne rien épargner . Enfin , la lutte de Périclès avec Thucydide en vient à un tel point d’animosité , que , pour se délivrer de son adversaire , il se détermine à courir les risques de l’ostracisme , fait exiler son adversaire et dissipe la coalition formée contre lui . 15 . Il n’y a donc plus alors d’inimitiés politiques ; la ville se fait homogène : Athènes se concentre toute dans Périclès . De lui relèvent gouvernement , finances , armées , trirèmes , empire des îles et de la mer , puissance absolue sur les peuples barbares et sur les nations assujetties , rendue plus forte encore par des amitiés et par des alliances avec des souverains . Mais il cesse d’être lui - même : ce n’est plus ce démagogue facile , qui cède et s’abandonne aisément aux désirs du peuple , comme au souffle des vents . À la place d’une démocratie molle et relâchée , comme les cordes d’un instrument agréable , mais sans vigueur , il prend en main les rênes d’un pouvoir aristocratique et royal , n’usant toutefois , pour arriver au but , que des moyens droits , irréprochables , amenant presque toujours le peuple à ses vues par la persuasion et par le raisonnement . Parfois , cependant , quand la foule résistait , il recourait à la force , à la contrainte , pour l’amener à bien , à l’exemple d’un médecin [ 344 ] qui , ayant à traiter une maladie longue et compliquée , tantôt prescrit des remèdes agréables , tantôt des potions énergiques et des mixtures qui rendent la santé .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7547
faisant jouer surtout l’espérance et la crainte comme un double gouvernail , à l’aide duquel il retenait et calmait la foule , ou relevait ses découragements et ranimait ses langueurs , montrant , ainsi que la rhétorique , comme l’a dit Platon { 1101 } , est l’art de conduire les esprits , et que son fait essentiel est d’agir par voie méthodique sur les sentiments et sur les passions qui sont comme les sons et les tons de l’âme , et qui demandent une main et une touche exercées . Cependant le ressort de cette autorité ne fut pas seulement l’éloquence de Périclès , mais aussi , comme le dit Thucydide { 1102 } , la réputation et la confiance dont jouissait cet homme , évidemment incorruptible et insensible aux richesses , qui , trouvant sa patrie grande , la rendit plus grande et plus riche encore , qui , devenu plus puissant que bien des rois et des tyrans , et que ceux - là mêmes qui transmirent leur pouvoir à leurs fils , n’augmenta pas d’une drachme la fortune que lui avait laissée son père .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7572
et il y appliqua un principe d’économie très - exact à la fois et très - facile . Il faisait vendre en masse toute sa récolte de l’année , puis acheter ensuite au marché toutes les choses nécessaires , et réglait ainsi sa vie et sa dépense .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7579
Mais il n’en est pas de même , selon moi , de la vie d’un philosophe spéculatif ou d’un homme politique . Le premier , tout à fait en dehors des objets extérieurs , dirige vers le beau moral une intelligence qui n’a besoin ni d’instruments ni de secours matériels ; le second , mêlant la vertu aux intérêts humains , ne considère pas seulement la richesse comme un secours nécessaire , mais honnête , ainsi [ 346 ] que le faisait Périclès , venant en aide à une foule de pauvres .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7600
Comme général , Périclès jouissait d’une grande estime , parce qu’il ne hasardait rien et qu’il ne livrait point de gaieté de cœur une bataille incertaine et périlleuse , que , si d’autres capitaines avaient eu quelque fortune hasardeuse et brillante , et s’étaient fait une grande renommée , il ne les enviait ni les imitait , et que surtout il disait toujours à ses concitoyens que , autant qu’il dépendait de lui , ils seraient immortels .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7632
Cependant , il ne cédait pas aux caprices
Surlignement (jaune) - Emplacement 7638
21 . Périclès contint cette fougue et réprima cet esprit d’aventures . Il tourna la plus grande partie des forces d’Athènes vers la garde et le maintien de ses conquêtes , convaincu que c’était déjà beaucoup d’arrêter les Lacédémoniens , auxquels il fit toujours la plus vive opposition , comme on le voit en diverses rencontres , et particulièrement dans la guerre sacrée
Surlignement (jaune) - Emplacement 7645
Il avait raison de retenir dans la Grèce toutes les forces d’Athènes : les événements le prouvèrent . Et d’abord l’Eubée se révolta
Surlignement (jaune) - Emplacement 7662
année . Il les distribuait en largesses à tous les magistrats en charge , pour détourner la guerre , achetant , non pas la paix , mais le temps de se préparer à loisir pour faire la guerre avec plus de succès .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7669
24 . Ces faits accomplis { 1110 } , une trêve de trente ans est conclue entre Athènes et Lacédémone { 1111 } ; et Périclès fait décréter { 1112 } l’expédition navale contre Samos , sous prétexte que les habitants de cette île , ayant reçu d’Athènes l’ordre de cesser les hostilités contre Milet , n’avaient point obéi
Surlignement (jaune) - Emplacement 7761
28 . Après neuf mois de siége , les Samiens se rendent . Périclès fait abattre les murs , enlève tous les vaisseaux et exige une somme considérable , dont moitié payée immédiatement par les Samiens , le reste payable à termes fixes , et garanti par des otages
Surlignement (jaune) - Emplacement 7852
Diopithe rédige ensuite un décret ordonnant à tous de dénoncer ceux qui ne croiront pas aux dieux de l’État et qui discourront sur les phénomènes célestes . C’était un moyen de faire soupçonner Périclès en accusant Anaxagore
Surlignement (jaune) - Emplacement 7934
Ces malheurs irritent les Athéniens contre lui . Il essaye de les consoler et de les encourager ; mais il ne peut apaiser leur colère , ni ramener les esprits ; il est décrété d’accusation . On va aux voix , et à la pluralité des voix , il est privé du commandement et condamné à une amende , évaluée au plus bas mot à quinze talents { 1156 } , et , selon d’autres , au plus haut , à cinquante { 1157 } Celui qui se porta pour accusateur fut Cléon , suivant Idoménée . Théophraste dit que c’est Simmias { 1158 } , et Héraclide de Pont Lacratidas . 36 . Ces chagrins politiques devaient bientôt s’apaiser ; comme l’aiguillon de l’abeille , la colère du peuple se perdait avec la piqûre ; mais les chagrins domestiques l’accablèrent profondément , alors qu’il se vit enlever par la peste une grande partie de ses amis et la mésintelligence troubler profondément sa maison .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7961
37 . La ville avait essayé d’autres généraux et d’autres orateurs pour la guerre , et nul d’entre eux n’avait montré pour un commandement ni poids ni autorité suffisante . On regrette Périclès , on le rappelle à la tribune et à la tête des armées . Découragé , abattu par la douleur , il demeure chez lui ; mais enfin Alcibiade et ses amis le décident à sortir et à se montrer . Le peuple s’excuse alors de son ingratitude envers lui . Périclès se remet aux affaires ; il est réélu général , et son premier soin est de faire rapporter la loi sur les bâtards , dont il avait jadis été l’auteur , afin que le défaut d’héritiers [ 367 ] ne laissât point s’éteindre sa maison , son nom et sa race .
Surlignement (jaune) - Emplacement 7992
« C’est , dit - il , que pas un Athénien n’a pris par moi des vêtements noirs . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 8008
que jamais homme n’avait été plus modéré dans la grandeur , plus respectable dans la bonté . Et cette puissance , objet de tant de jalousies , cette prétendue monarchie , cette tyrannie , disait - on , on reconnut alors qu’elle avait été un rempart de salut pour l’État . Tant les gouvernants firent preuve d’une corruption , d’une perversité sans bornes , qu’il avait forcées de rester cachées en les affaiblissant et en les humiliant , et dont il avait empêché la licence de se déborder sans remède
Surlignement (jaune) - Emplacement 8123
premier , demande au sénat l’autorisation de paraître à cheval à la tête de l’armée . Jusque - là ce n’était point permis ; c’était au contraire expressément défendu par une loi ancienne , soit qu’on fît consister la principale force dans l’infanterie , et qu’on voulût pour cela que le général fût attaché à la légion et qu’il ne s’en séparât point ; soit que , le pouvoir dictatorial étant , pour tout le reste , absolu et sans bornes , on désirât qu’en cela du moins le dictateur parût avoir besoin du peuple { 1181
Surlignement (jaune) - Emplacement 8149
5 . C’est ainsi que Fabius , élevant la pensée du peuple vers la divinité , lui inspire une meilleure idée de l’avenir . Lui - même ne plaçant qu’en lui l’espérance de la victoire , parce que Dieu n’accorde les succès qu’à la vertu et à la prudence , marche contre Hannibal , non pas avec la résolution de le combattre , mais de briser et de consumer par la longueur du temps les forces des ennemis , leur manque de vivres par son abondance , leur petit nombre par ses nombreuses légions
Surlignement (jaune) - Emplacement 8157
valeur . Hannibal seul ne se méprend point . Seul , il comprend cette habileté et le système stratégique adopté par Fabius . Aussi , voyant qu’il faut par tout moyen , de ruse ou de force , amener le dictateur à combattre , ou que c’en est fait des Carthaginois , qui ne peuvent user de ce qui assure leur supériorité , c’est - à - dire de leurs armes , et que , inférieurs en hommes et en vivres , ils vont se consumer pour rien , il a recours à toutes les ruses , à tous les stratagèmes militaires ; et , comme un habile athlète , qui tâte son adversaire et cherche à le saisir , il approche de Fabius , essaye de le troubler , l’entraîne partout sur ses traces , avec l’espoir de lui faire changer de plan [ 378 ] pour sa sûreté . Mais Fabius , plein de confiance dans l’utilité du système qu’il s’est fait , y demeure ferme , inébranlable .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8172
il , que je ne parais l’être , si la crainte de ces brocards et de ces injures me faisait changer de résolution . Il n’y a point de honte à craindre pour la patrie ; mais redouter l’opinion , les calomnies , le blâme , est chose indigne d’un homme investi d’une aussi grande dignité : c’est le propre de qui se fait l’esclave de ceux dont il doit maîtriser et contenir les égarements . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 8242
Seul , Métilius , inviolable comme tribun , vu qu’en présence même de la dictature le tribunat ne perd rien de ses priviléges , mais les conserve quand toutes les autres magistratures sont suspendues , Métilius supplie instamment le peuple de ne pas abandonner Minucius
Surlignement (jaune) - Emplacement 8245
couronnée . Il faut enlever à Fabius un pouvoir tyrannique et remettre les intérêts de l’État à qui veut et qui peut les sauver . Excité par ces déclamations , le peuple , qui n’ose pas contraindre Fabius à abdiquer la dictature , malgré son impopularité , décrète que Minucius , associé au commandement de l’armée , [ 383 ] sera chargé de la direction de la guerre avec une puissance égale à celle du dictateur : fait inouï dans l’histoire de Rome , mais qui se renouvela bientôt , peu de temps après le désastre de Cannes . On avait mis à la tête des affaires militaires un dictateur , Marcus Junius , et l’on créa , en même temps , pour l’intérieur , avec mission de remplir les vides laissés par les sénateurs tués dans la bataille , un autre dictateur nommé Fabius Butéon . Toutefois , celui - ci ne fit que paraître : aussitôt après avoir fait son choix parmi les citoyens et complété le sénat , le jour même il congédia ses licteurs , se déroba à son cortége , se jeta et se perdit dans la foule , et demeura sur la place publique , vaquant dès cette heure même à ses affaires privées , comme un simple citoyen { 1189 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8258
De même Fabius , pour ce qui le regardait , supporta cette injure avec une parfaite indifférence , prouvant ainsi la vérité de la maxime du philosophe , que l’homme probe et honnête ne peut être insulté ni déshonoré
Surlignement (jaune) - Emplacement 8301
Pour Minucius assemblant ses troupes : « Camarades , dit - il , ne jamais faillir dans les grandes charges est au - dessus de l’homme ; mais quand on a failli , tirer de ces faits mêmes une leçon pour l’avenir , c’est agir en homme de cœur et de bon sens . Je conviens donc que j’ai peu à me plaindre de la fortune et beaucoup à m’en louer . Car ce qu’un long temps n’a pu me faire comprendre , un instant vient de me l’enseigner . Je reconnais que je suis incapable de commander aux autres , que j’ai besoin d’un chef , et que je ne dois pas ambitionner de l’emporter sur ceux par lesquels il est plus beau d’être vaincu . Vous n’avez plus d’autre chef que le dictateur : je vais vous conduire lui témoigner notre reconnaissance et me remettre le premier entre ses mains , docile à sa voix et prêt à faire tout ce qu’il lui plaira de m’ordonner . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 8311
Double est la victoire , dictateur , que vous avez remportée aujourd’hui ; votre courage a battu Hannibal ; votre prudence et votre générosité ont triomphé de votre collègue ; l’un nous a sauvés , les autres nous ont instruits : être vaincu par Hannibal a été une défaite honteuse , ç’a été une défaite glorieuse et salutaire de l’être par vous . Aussi vous appelé - je du nom de père , parce qu’il n’en est point de plus honorable ; car celui à qui je dois la vie a moins droit que vous à ma reconnaissance . Il m’a donné le [ 387 ] jour à moi seul ; vous nous avez sauvés tous { 1191 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8319
Quelque temps après { 1192 } , Fabius se démet de la dictature , et l’on élit de nouveau des consuls . Les premiers qui sont nommés suivent le système de guerre dont il avait donné l’exemple , évitant de combattre Hannibal en bataille rangée , secourant les alliés et empêchant les défections .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8358
Hannibal , dans ce combat , usa de deux stratagèmes . En premier lieu , il prend position de manière à se mettre à dos un vent dont le souffle , semblable à une trombe embrasée , arrive par rafales et enlève de ces plaines vastes et poudreuses un sable épais , qui , passant par - dessus les lignes des Carthaginois , fouette au visage les Romains forcés de détourner la tête et de rompre leurs rangs . Le second stratagème consista dans son ordre de bataille . Tout ce qu’il a de plus robuste et de plus vaillant dans son armée , il le range des deux côtés du centre : quant au centre même , il y place les moins aguerris et lui donne la forme d’un coin , dont la pointe s’avance de beaucoup en avant du reste de la ligne . L’ordre est donné aux plus braves , quand les Romains auront enfoncé ce coin et qu’ils chargeront le corps en retraite , d’évider le centre en forme de croissant , pour les faire pénétrer à l’intérieur des lignes , puis d’obliquer rapidement de chaque côté pour les prendre en flanc au moyen d’un développement qui les enferme par derrière . Cette manœuvre paraît avoir eu les effets les plus sanglants . Le centre cède ; les Romains , en poursuivant l’ennemi , plongent dans ses rangs . Alors le corps d’Hannibal change d’aspect et prend la forme d’un croissant : les commandants des deux ailes exécutent simultanément une conversion du côté du bou [ 390 ] clier et du côté de la lance { 1199 } , tombent sur les ennemis à découvert , les enveloppent , et massacrent tous ceux qui n’ont pas le temps de sortir de ce cercle . On dit que la cavalerie romaine fut victime d’une erreur étrange
Surlignement (jaune) - Emplacement 8389
Après un pareil succès , les amis d’Hannibal l’engageaient à poursuivre sa fortune , à entrer dans Rome derrière les fuyards : cinq jours après la bataille il souperait dans le Capitole . On ne saurait dire quel motif l’en détourna
Surlignement (jaune) - Emplacement 8401
revers . Ce qu’avant la bataille on avait appelé la lâcheté et la froideur de Fabius , parut , aussitôt après la bataille , non pas l’effet d’une raison humaine , mais d’une pensée surnaturelle et divine , qui lui avait fait prévoir de si loin un avenir , auquel pouvaient à peine croire ceux qui en étaient victimes
Surlignement (jaune) - Emplacement 8408
on le voyait maintenant , quand tous s’abandonnaient à des regrets sans fin , à un trouble stérile , paraître seul à travers la ville , marchant d’un pas calme , le visage confiant , la parole affable , calmant les lamentations des femmes , dissipant les attroupements qui se formaient en public pour pleurer sur les malheurs communs . Il détermine le sénat à se rassembler , et il rend le courage aux magistrats , dont , il devient l’âme et la force , et qui tous ont les regards tournés vers lui . 18 . Il met des gardes aux portes pour empêcher la plèbe de s’échapper et d’abandonner la ville , fixe le lieu et le temps où l’on pourra se livrer au deuil , et ordonne que qui voudra pleurer les morts le fasse dans sa maison , mais seulement pendant trente jours : après lesquels tout deuil est interdit et la ville pure de toute pompe funèbre . La fête de Cérès se trouvant ces jours - là { 1205 } , il croit qu’il vaut mieux en omettre tout à fait les cérémonies et la pompe , que de faire trop connaître , par le petit nombre et par l’abattement des assistants , la grandeur des pertes éprouvées , les dieux aimant qu’on les honore dans la joie . Cependant tout ce que les devins ordonnent pour apaiser les dieux et pour conjurer les présages sinistres , il l’exécute
Surlignement (jaune) - Emplacement 8421
Mais ce qu’il y eut peut - être de plus admirable , ce fut la grandeur d’âme et la clémence de la ville , lorsque le consul Varron revint fugitif , lui , l’auteur de la défaite la plus honteuse et la plus sanglante , la tête basse , le front humilié : le sénat et le peuple tout entier vont au - devant de lui jus [ 393 ] qu’aux portes et le saluent avec respect . Alors les magistrats , ainsi que les principaux sénateurs , et parmi eux , Fabius , le félicitent de n’avoir point désespéré de la république après un tel désastre , et d’être revenu se mettre à la tête des affaires , faire exécuter les lois et gouverner ses concitoyens qui peuvent encore être sauvés { 1207 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8434
Aussi Posidonius { 1208 } dit - il que les Romains appellent Fabius le Bouclier , et Marcellus l’Épée de Rome . En effet , la fermeté et la prudence de Fabius , jointes à l’activité entreprenante de Marcellus , assurèrent le salut des Romains { 1209 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8440
à la fin Hannibal ne sait plus que faire , fatigué d’avoir toujours à combattre Marcellus , et craignant Fabius qui ne veut jamais combattre . Sans cesse , pour ainsi dire , il les trouve en face de lui , préteurs , proconsuls , consuls ; tous les deux , en effet , furent consuls cinq fois . Marcellus l’était pour la cinquième fois , lorsqu’il fut tué dans une embuscade tendue par Hannibal ; Fabius fut souvent l’objet de ses ruses , de ses attaques dissimulées : elles échouèrent toutes , sauf une seule où il faillit le surprendre et le faire tomber dans un piége .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8562
début , ne fut guidé dans son opposition que par sa prudence et son dévouement au salut commun , et parce qu’il redoutait de grands dangers . Ensuite , il y persista avec un peu trop d’opiniâtreté , par un désir ambitieux et jaloux d’empêcher l’accroissement de Scipion
Surlignement (jaune) - Emplacement 8628
être paraîtra - t - il plus difficile de manier une cité humiliée par le malheur , et par la détresse rendue indocile à la raison , que de mettre un frein à la fougue et aux emportements d’un peuple fier et enivré de sa prospérité . Or , c’est surtout par là que Périclès domina sur les Athéniens ; mais la grandeur et la multitude des maux , qui fondirent à cette époque sur les Romains , firent connaître en Fabius une résolution forte , énergique , imployable , et ne variant jamais dans ses desseins .
Surlignement (jaune) - Emplacement 8640
S’il faut qu’un bon capitaine sache non - seulement user du présent , mais encore juger sagement de l’avenir , on peut dire que la guerre des Athéniens eut l’issue prévue et pré [ 406 ] dite par Périclès : pour avoir voulu trop embrasser , ils perdirent leur puissance . Les Romains , au contraire , ayant , malgré l’avis de Fabius , envoyé Scipion à Carthage , triomphèrent de tout non par l’effet du hasard , mais par la sagesse et la valeur de leur général qui défit entièrement les ennemis .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9052
18 . Nicias , malgré lui , est nommé stratége , fonction qu’il redoutait pour elle - même et parce qu’il avait Alcibiade pour collègue . Mais les Athéniens s’imaginaient que tout irait bien mieux à la guerre , s’ils ne s’abandonnaient pas entièrement à la fougue d’Alcibiade , et s’ils tempéraient son audace par la prudence de Nicias
Surlignement (jaune) - Emplacement 9057
Alcibiade combat son avis { 1301 } ; il l’emporte , et l’orateur Démostrate propose un décret , d’après lequel il faut que les stratéges soient les maîtres absolus des préparatifs et de la guerre entière . Le peuple vote : tout est prêt pour l’embarquement , quand il se manifeste des signes fâcheux ,
Surlignement (jaune) - Emplacement 9071
19 . Sur ces entrefaites , le démagogue Androclès produit des esclaves et des métèques qui accusent Alcibiade et ses amis d’avoir mutilé d’autres statues , et d’avoir , dans une partie de débauche , parodié les Mystères . Ils prétendent qu’un certain Théodore y faisait les fonctions de héraut , Polytion celles de porte - flambeau , Alcibiade d’hiérophante , et que les autres amis assistaient comme initiés en se donnant le nom de mystes . Tels sont également les griefs consignés dans l’accusation de Thessalus , fils de Cimon , contre Alcibiade , décrété d’impiété envers les deux déesses { 1304 } . Le peuple est au comble de l’exaspération : il est furieux contre Alcibiade ; et Androclès , ennemi déclaré d’Alcibiade , ne manque pas de l’exciter davantage . Tout d’abord Alcibiade et les siens en sont troublés
Surlignement (jaune) - Emplacement 9148
Peu de temps après , à la nouvelle qu’Athènes l’a condamné à mort : « Eh bien , moi , dit - il , je leur ferai voir que je suis encore en vie ! » Voici les termes mêmes de l’accusation formulée contre lui : « Thessalus , fils de Cimon , du dème Laciade , accuse Alcibiade , fils de Clinias , du dème Scambonide , de sacrilége envers les deux déesses Cérès et Proserpine , pour avoir parodié leurs Mystères , et s’être montré dans sa propre maison , devant ses amis , revêtu d’une robe telle qu’en porte l’hiérophante , lorsqu’il découvre les objets sacrés , se donnant à lui - même le nom d’hiérophante , à Polytion , celui de porte - flambeau , de héraut à Théodore de Phégée , et à ses autres amis ceux de mystes et d’époptes { 1314 } , le tout contrairement aux lois et rites établis par les Eumolpides , les hérauts et les prêtres d’Éleusis . » On le condamne à mort par contumace : ses biens sont confisqués , et ordre est donné à tous les prêtres et prêtresses de le maudire . Une seule prêtresse , Théano , fille de Ménon , du dème d’Agraule , se refusa , dit - on , au décret , alléguant que c’était pour bénir , et non pour maudire , qu’elle s’était vouée au sacerdoce .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9171
Il y avait , en effet , chez lui , une qualité dominante entre toutes , un moyen de piper les hommes , qui était de s’assimiler , de s’identifier à leurs goûts et à leurs habitudes , et de prendre leurs couleurs avec plus de rapidité que le caméléon ; à cette différence près , que le caméléon ne peut , dit - on , prendre la couleur blanche , tandis qu’Alcibiade , passant aussi facilement du mal au bien que du bien au mal , savait imiter tout , se prêter à tout : à Sparte , homme de gymnase , frugal , austère ; en Ionie , délicat , oisif , voluptueux ; en Thrace , aimant à [ 435 ] boire ; en Thessalie , toujours à cheval ; chez le satrape Tisapherne , surpassant tout le luxe persan par sa dépense et par son faste . Ce n’est pas pourtant qu’il passât avec tant de facilité d’une habitude à une autre , ni qu’il se fit dans ses mœurs un changement complet ; mais comme , en restant fidèle à sa nature , il eût pu blesser ceux avec qui il vivait , il savait toujours se glisser sous la forme et se déguiser sous le masque qui devait leur plaire
Surlignement (jaune) - Emplacement 9210
25 . Dégoûté de ses relations avec Sparte qui ne lui offraient plus de sûreté et craignant Agis , Alcibiade les dessert et les décrie auprès de Tisapherne : il conseille à celui - ci de ne point leur venir en aide avec un empressement qui [ 437 ] leur permette de détruire les Athéniens , mais de leur fournir de faibles ressources , de manière à les affaiblir , à les ruiner peu à peu , à mettre les deux peuples entre les mains du roi , après les avoir épuisés l’un par l’autre { 1321
Surlignement (jaune) - Emplacement 9244
26 . Les amis d’Alcibiade , triomphant à Samos , envoient alors Pisandre à Athènes pour renverser le gouvernement et pour encourager les nobles à s’emparer des affaires , à dé [ 439 ] truire la démocratie , vu qu’à cette condition Alcibiade leur procurerait l’amitié et le secours de Tisapherne . Tel fut le prétexte et le motif allégué par ceux qui établirent l’oligarchie
Surlignement (jaune) - Emplacement 9365
n’a donc pas livré la ville aux ennemis , il l’a délivrée de la guerre et des maux , à l’exemple des Lacédémoniens les plus vertueux pour lesquels il n’y a qu’une seule chose belle et juste , l’intérêt de la patrie . Les Lacédémoniens en entendant ces paroles y applaudissent et renvoient les accusés absous { 1341 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9387
lui qui , trouvant aujourd’hui la ville presque
Surlignement (jaune) - Emplacement 9387
déchue de l’empire de la mer , sur terre à peine maîtresse de ses faubourgs , en proie à des séditions qui la déchirent , ne lui a pas seulement rendu sa puissance maritime , mais l’a montrée partout victorieuse de ses ennemis .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9425
elle rentre tranquillement dans la ville ; la confiance d’Alcibiade s’en accroît , et son armée reprend tant de courage , qu’elle se regarde comme inattaquable et invincible , avec lui pour général . De leur côté les basses classes et les pauvres cèdent si bien à sa popularité , qu’ils sont pris d’un incroyable désir de l’avoir pour tyran . Quelques - uns même vont jusqu’à le prier de se mettre au - dessus de l’envie , d’abolir les décrets et les lois , d’écarter tous les bavards qui perdent l’État , de se déclarer seul maître , de régler et d’administrer les affaires , sans avoir peur des sycophantes . [ 449 ] 35 { 1352 } . Quelle était à lui - même sa pensée au sujet de la tyrannie , nul ne le sait ; mais les plus puissants des citoyens s’effrayèrent et pressèrent le plus possible son départ , en votant tout ce qu’il voulut et en lui donnant les collègues qu’il choisit .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9494
38 . Les Athéniens supportaient avec peine de se voir privés de l’hégémonie . Mais lorsque Lysandre , leur enlevant la liberté , eut livré la ville aux Trente tyrans { 1363 } , les réflexions qu’ils n’avaient point faites , quand ils étaient en état de se sauver , leur viennent à l’esprit , lorsque tout est perdu sans ressource : ils déplorent et énumèrent leurs fautes et leurs imprudences , parmi lesquelles , la plus grande est leur second emportement contre Alcibiade .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9498
tort : ils se sont emportés contre un pilote qui a perdu honteusement quelques vaisseaux ; mais eux , plus honteusement encore , ils ont banni de leur cité leur plus brave , leur plus habile stratége . Cependant , malgré la conjoncture présente , ils conservent un rayon d’espoir : ils ne croient point tout perdu pour Athènes , tant qu’Alcibiade respire .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9638
5 . Sa réputation et son influence , dues à sa vertu , étaient immenses dans Rome , lorsque le sénat , pour soutenir les riches , provoque le mécontentement du peuple qui se plaint des traitements indignes qu’il subit des créanciers { 1380 } . Ceux qui n’ont qu’un bien modique sont privés de tout leur avoir que dévorent les saisies et les ventes . Ceux qui n’ont absolument rien sont appréhendés au corps et jetés dans l’ergastulum { 1381 } , malgré les cicatrices des nombreuses blessures qu’ils ont reçues en combattant pour la patrie
Surlignement (jaune) - Emplacement 9644
les Sabins , ils l’avaient entreprise sur la promesse des riches de les ménager davantage , et sur le décret du sénat , qui rendait garant de cette promesse le dictateur Marcus Valérius { 1382 } . Ils avaient bravement combattu dans [ 461 ] la bataille et défait les ennemis . Mais les créanciers ne se relâchent point de leurs duretés , et le sénat , qui feint d’oublier les promesses , les laisse de nouveau traîner et jeter dans les prisons . Des troubles , des séditions graves éclatent dans la ville . Les ennemis , au courant des soulèvements du peuple , envahissent le territoire et y mettent le feu . Les consuls font un appel à ceux qui sont en âge de porter les armes . Personne ne répond , tant est grande la division des chefs de la cité . Les uns croient qu’il faut céder quelque chose aux pauvres et relâcher la rigueur excessive de la loi ; les autres sont d’un avis contraire , et parmi eux , Marcius , non par un amour exagéré des richesses , mais dans l’idée qu’il y a là un commencement , un essai de révolte et d’attentat contre les lois , que la prudence commande , selon lui , d’amortir et d’éteindre .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9654
coup , les pauvres se rassemblent , s’appellent les uns les autres , quittent la ville , se retirent sur la montagne , qu’on appelle aujourd’hui le Mont - Sacré , située au delà du fleuve Anio { 1383 } , et s’y établissent sans aucune violence , sans mouvement séditieux : ils se contentent de crier que depuis longtemps les riches les ont chassés de Rome : l’air et l’eau , avec un lieu de sépulture , leur sont offerts par toute l’Italie : en restant à Rome , ils n’auront rien de plus , sauf les blessures et la mort , en combattant pour les riches . Le sénat se fait peur et députe vers le peuple les plus doux et les plus populaires des vieux sénateurs . Ménéius Agrippa porte la parole ; il adresse au peuple les plus instantes prières , s’explique aussi franchement sur le compte du sénat , et finit son discours par une manière d’apologue à jamais célèbre { 1384 } . « Les membres du corps humain , dit - il , se révoltèrent contre le ventre , l’accusant de demeurer seul oisif et inutile au corps , tandis que les autres supportaient toute la peine et tout le service pour satisfaire à ses appétits . Le ventre rit de leur sottise , qui les empêchait de com [ 462 ] prendre que , s’il recevait toute la nourriture , c’était pour la renvoyer et la distribuer ensuite aux autres . Il en est de même , citoyens , de l’état du sénat relativement à nous . L’élaboration convenable qu’il fait des délibérations et des affaires porte et distribue parmi nous tous les avantages et les profits . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 9668
Là - dessus on se réconcilie : seulement , le peuple demande au sénat , et l’obtient , le pouvoir d’élire les cinq magistrats , chargés de le défendre , qu’on nomme aujourd’hui tribuns du peuple . Les premiers élus sont les chefs mêmes de la révolte , Junius Brutus et Sicinnius Bellutus { 1385 } . L’union rétablie dans la cité , le peuple reprend bientôt les armes et obéit à ses chefs , plein d’ardeur pour la guerre . Marcius , mécontent du - triomphe du peuple et de l’échec de l’aristocratie , et voyant nombre de patriciens partager ses sentiments , ne laisse pas toutefois de les engager à ne point rester en arrière des plébéiens dans les luttes pour la patrie , mais à montrer qu’ils sont au - dessus d’eux plus encore par la vertu que par la puissance .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9718
Marcius s’avance : il dit qu’il accepte le cheval et qu’il est flatté des louanges que lui a décernées le consul , mais que , pour le reste , comme c’est un salaire et non point un honneur , il refuse ; il ne veut que la part qui revient à chaque soldat .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9720
« Je ne demande , ajoute - t - il , qu’une grâce spéciale , et je supplie qu’elle me soit accordée . J’avais un hôte chez les Volsques , un ami , un homme doux et bon . Il est aujourd’hui prisonnier ; de riche et d’heureux , il est devenu esclave . Des malheurs qui l’accablent , il en est un que je veux lui épargner , la mise en vente . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 9723
À ces paroles , un cri s’élève immense en l’honneur de Marcius , et l’on admire son désintéressement plus encore que sa valeur contre les ennemis . Ceux mêmes qui éprouvent un sentiment de rivalité jalouse , à la vue de tant d’honneurs , le jugent digne de recevoir les plus grandes récompenses pour n’avoir point voulu les recevoir ; et l’on admire plus la vertu qui les lui a fait dédaigner que celle qui les lui a values . Il est plus beau , en effet , de bien user des richesses que des armes ; mais savoir s’en passer est plus glorieux que d’en user
Surlignement (jaune) - Emplacement 9729
il ne peut se soustraire : donnons - la lui : décrétons qu’il s’appellera Coriolan , si son exploit même ne lui a point donné ce surnom avant nous .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9731
Par là l’on voit plus clairement que jamais que l’on avait un nom propre , Caïus : le second nom était celui de la maison ou de la famille , Marcius : le troisième se tirait plus tard de quelque action , d’un [ 466 ] événement , d’une particularité physique , d’une vertu , et s’ajoutait aux autres
Surlignement (jaune) - Emplacement 9792
C’était l’usage que ceux qui briguaient le consulat et les suffrages des citoyens , descendissent au Forum en simple robe , sans tunique , soit que cet humble appareil convint mieux à leur état de suppliant , soit pour mieux montrer , quand on avait des cicatrices , ces signes visibles de la bravoure . Car ce n’était pas que l’on craignît les distributions d’argent et la corruption , lorsqu’on exigeait que l’on se présentât sans ceinture et sans tunique aux citoyens que l’on avait à supplier ; c’est bien plus tard que s’introduisit la vente et l’achat des suffrages , et que l’argent se mêla aux assemblées électorales .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9836
Ces largesses , ces distributions qui se font en Grèce , chez les peuples essentiellement démocratiques , proposer de les établir à Rome , c’est autoriser une désobéissance qui sera la ruine de tous . Car certes on ne dira pas que l’on reçoit ce blé comme le prix des expéditions auxquelles on n’a point voulu prendre part , de ces retraites où l’on a renié la patrie , de ces calomnies si bien accueillies contre le sénat . « Convaincus , ajoute - t - il , que nous cédons par crainte , et que notre flatterie leur accorde ce qu’ils demandent , ils ne mettront plus de bornes à leur mutinerie , ils ne cesseront plus leurs dissensions et leurs révoltes . Ce serait agir comme des fous . Si nous sommes sensés , ôtons leur cette puissance tribunitienne , ruine de l’autorité consulaire et source de division pour la ville , qui , privée de son unité d’autrefois , et coupée en deux , ne peut plus se rejoindre , unir ses sentiments , guérir nos maux et terminer nos troubles { 1411 } . »
Surlignement (jaune) - Emplacement 9856
; elle réclame une politique de ménagement et d’humanité . La plupart accèdent à cet avis : les consuls s’avancent dans l’assemblée , et font tous leurs efforts pour raisonner le peuple et pour l’adoucir : ils réfutent les calomnies , mais sans aigreur , et en usant avec modération de la remontrance et du reproche : quant au prix de la vente et du marché , ils disent qu’il n’y aura point de différend .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9867
Marcius se présente comme pour se justifier : le peuple se dispose à l’écouter en silence et avec calme . Mais son discours , adressé à des gens qui s’attendaient à un ton suppliant , ne débute pas seulement par une liberté de parole insultante , et qui ressemble plus à une accusation qu’à une libre défense , le ton de sa voix et l’air de son visage témoignent une as [ 473 ] surance voisine du dédain et du mépris : le peuple , furieux à ces paroles , laisse éclater sa colère et son indignation .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9920
étonné , ni abattu : son air , sa démarche , sa contenance ne changent point ; au milieu de la consternation générale , il paraît seul impassible , non par raison ou par douceur de caractère , ni par résignation à son malheur , mais par un effet de sa colère et de son [ 476 ] emportement ; ce qui est , bien que beaucoup l’ignorent , la vraie douleur .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9923
l’inaction . De là vient que l’homme en colère est entraîné à agir , comme le fiévreux à être en feu : il semble que l’âme soit alors dans un état de tension , de bouillonnement et d’effervescence . Les actions de Marcius firent bien voir que c’était là l’état de son âme
Surlignement (jaune) - Emplacement 9951
Je suis Caïus Marcius , celui qui vous a fait tant de maux à toi et aux Volsques , et je porte un nom qui en est une preuve irrécusable , le surnom de Coriolan . De tous les travaux que j’ai soufferts , de tous les périls que j’ai bravés , il ne me reste plus d’autre récompense que ce surnom , monument de ma haine contre vous : c’est la seule chose qu’on n’ait pu me ravir : tout le reste , j’en ai été privé par l’envie et la violence du peuple , par la mollesse et la trahison des magistrats et des nobles . Exilé , banni de ma patrie , je suis venu m’asseoir en suppliant à ton foyer , non pour y chercher la sûreté et la vie ( car avais - je besoin de venir ici , si je craignais la mort ? ) , mais pour tirer vengeance de ceux qui m’ont chassé , et c’est déjà me venger que de te rendre maître de ma personne . Si donc tu as le courage d’attaquer tes enne [ 478 ] mis , va , tire parti de mes infortunes , brave guerrier , fais de mon malheur le bonheur commun des Volsques . Je combattrai d’autant mieux pour vous que contre vous , que l’on combat mieux un ennemi , lorsqu’on le connaît , que quand on ne le connaît point . Si tu refuses , moi , je ne veux plus vivre , et toi , tu auras tort de sauver un homme , jadis ton ennemi et celui de ta patrie , maintenant inutile et hors d’état de servir { 1421 } .
Surlignement (jaune) - Emplacement 9981
Et de fait , les Romains traitaient alors leurs esclaves avec une grande douceur : le travail et la vie en commun rendaient leurs rapports plus bienveillants et plus familiers . C’était un grand châtiment pour un esclave en faute que de lui faire porter un des bois fourchus , qui servent d’appui au timon du chariot , et de le promener ainsi dans le voisinage . L’esclave qui avait subi cette punition à la vue des camarades et des voisins perdait toute confiance ; on l’appelait furcifer { 1424 } ; car ce que les Grecs appellent appui et étai , les Romains le nomment furca .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10222
On conte même que la statue répéta ces mots une seconde fois , mais c’est vouloir nous faire croire l’impossible et l’incroyable . Que des statues aient sué , répandu des larmes , laissé couler quelques gouttes de sang , ce n’est pas impossible . Les bois et les pierres contractent souvent une moisissure qui engendre l’humidité ; ils prennent d’eux - mêmes plusieurs couleurs et reçoivent des teintes du milieu qui les enveloppe . Or , rien n’empêche que la divinité ne s’en fasse parfois un moyen d’indication . Il est possible encore que les statues aient fait entendre un son pareil à un murmure , à un soupir , soit par une rupture , soit par la scission violente des parties internes . Mais qu’une voix articulée , qu’une parole claire , pleine , intelligible , sorte d’un corps inanimé , c’est tout à fait impossible . Ni l’âme , ni la divinité elle - même ne peut , sans un corps organisé et pourvu de l’appareil de la voix , rendre un son , prononcer des mots .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10229
Lors donc que l’histoire nous fait violence , à l’aide de témoins nombreux et dignes de foi , c’est par suite d’une impression différente de la sensation ordinaire et imputable à l’imagination , qu’elle prétend nous convaincre de ce qu’elle se figure : comme dans le sommeil , où nous croyons entendre ce que nous n’entendons point , voir ce que nous [ 493 ] ne voyons point . Toutefois ceux que leur âme affectueuse et aimante entraîne , dans leur excès de tendresse pour la divinité , à ne rejeter , à ne révoquer en doute aucun de ces prodiges , fondent leur créance sur le pouvoir merveilleux , surhumain de Dieu . Et de fait , Dieu ne ressemble en rien à l’homme ni dans sa nature , ni dans sa sagesse , ni dans sa force ; et s’il fait ce qui pour nous est infaisable , s’il pratique ce qui est impraticable , il n’y a là rien d’absurde . Différent de nous en tous points , c’est particulièrement par les œuvres qu’il en diffère et qu’il s’en éloigne à une grande distance . Mais , comme le dit Héraclite , c’est notre manque de foi qui est cause que la plupart des œuvres divines échappent à notre connaissance .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10279
Dans la politique , la conduite licencieuse d’Alcibiade , la dissolution de ses mœurs et ses basses flatteries pour se faire bien venir du peuple , furent toujours détestées des gens sages . Marcius , par sa roideur , son orgueil , ses idées oligarchiques , se rendit odieux au peuple romain . On ne peut donc ici louer ni l’un ni l’autre . Cependant , celui qui cherche à prendre le peuple par la douceur est moins blâmable que [ 496 ] ceux qui le traitent avec mépris pour n’avoir pas l’air de vouloir le prendre . Il est honteux de le flatter pour acquérir le pouvoir ; mais une autorité fondée sur la terreur , la violence et l’oppression , est à la fois une honte et une injustice .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10285
Que Marcius ait eu un caractère simple et franc , tandis qu’Alcibiade était astucieux et rusé dans sa politique , c’est un fait hors de doute . Mais ce qu’on reproche surtout à celui - ci , c’est la méchanceté et la ruse avec laquelle il trompa , suivant le récit de Thucydide { 1460 } , les envoyés lacédémoniens , pour rompre la paix . Toutefois , cette politique , tout en rejetant Athènes dans la guerre , la rendit forte et redoutable , en lui faisant contracter , par l’entremise d’Alcibiade , une alliance avec les habitants de Mantinée et d’Argos . Marcius , à son tour , employa la ruse pour faire naître la guerre entre les Romains et les Volsques , en calomniant , suivant le récit de Denys { 1461 } , les intentions des Volsques qui étaient venus aux jeux de Rome . Le motif rend cette action plus odieuse encore . Ce n’était pas chez lui , comme chez Alcibiade , ambition , rivalité , lutte politique , c’était une satisfaction donnée à la colère , passion qui , suivant un mot de Dion { 1462 } , ne vous paye que d’ingratitude , et qui l’entraîna à troubler plusieurs parties de l’Italie , à ruiner , par ressentiment contre son pays , un grand nombre de villes , qui ne lui avaient fait aucun tort . Il est vrai qu’Alcibiade , par sa colère , fit éprouver de grands maux à ses concitoyens . Mais , dès qu’il apprit leur repentir , il revint à des sentiments plus doux ; et même , après son second bannissement , il ne se réjouit point de la faute des généraux , et il ne vit pas avec indifférence leur mauvais plan et leur péril . En outre , ce que l’on raconte avec éloge de la démarche d’Aristide auprès de Thémistocle { 1463 } , Alcibiade le fit également , en allant trouver ces généraux , qui n’étaient point ses amis , pour leur dire et leur mon [ 497 ] trer ce qu’ils avaient à faire . Marcius , au contraire , commença par faire du mal à tous ses concitoyens , quoique tous ne l’eussent point offensé , et que même la partie la meilleure et la plus distinguée eût sympathisé avec son offense et son malheur . Ensuite , en ne se laissant ni fléchir , ni toucher par les députations nombreuses et suppliantes chargées d’apaiser la colère et le ressentiment d’un seul , il montra que c’était pour renverser et détruire sa patrie , et non pour la recouvrer et obtenir son rappel , qu’il avait suscité une guerre terrible et impitoyable .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10312
L’histoire nous dit qu’Alcibiade recevait sans scrupule des dons intéressés , qu’il dépensait honteusement en luxe et en débauches . Quant à Marcius , les généraux ne purent lui faire accepter les présents honorables qu’il avait mérités : c’est même ce refus qui le rendit odieux au peuple , lors des différends à l’occasion des dettes : on dit qu’il agissait moins par intérêt que par insulte et mépris des pauvres . Antipater écrit dans une lettre sur la mort du philosophe Aristote : « À tant d’autres talents , il joignait celui de gagner les cœurs . » Les exploits et les vertus de Marcius , faute de ce talent , furent insupportables à ceux mêmes qui en profitaient : on ne pouvait souffrir ni son orgueil ni son opiniâtreté , que Platon { 1464 } appelle la compagne de la solitude . Al [ 498 ] cibiade , au contraire , savait faire bon accueil à tous ceux qui l’approchaient : rien d’étonnant dès lors que ses succès lui aient valu cette fleur de gloire , que développent la bienveillance et la faveur : il n’est point jusqu’à ses fautes qui n’eussent parfois je ne sais quelle grâce et quel charme . Aussi , malgré tout le mal qu’il fit , et en plusieurs rencontres , à sa patrie , fut - il maintes fois nommé général et stratége : Marcius , après s’être distingué par de nombreux exploits et des actes de bravoure , demanda le consulat et ne put l’obtenir . Ainsi l’un ne put être haï de ses concitoyens , auxquels il avait fait tant de mal , l’autre ne put voir changer leur admiration en amour . 4 . Comme général , Marcius ne fit rien pour sa patrie , mais beaucoup pour les ennemis contre sa patrie : Alcibiade , et comme soldat et comme général , rendit de nombreux services aux Athéniens : sa présence écrasait , à son gré , les ennemis : son absence donnait force à la calomnie . Marcius présent fut condamné par les Romains et mis à mort par les Volsques : meurtre inique , impie ; mais enfin il y avait donné un prétexte plausible , quand , après avoir refusé publiquement la paix et s’être laissé en particulier fléchir par les femmes , il n’eut point coupé court aux inimitiés , mais laissé durer la guerre en perdant et en sacrifiant l’occasion . Il aurait dû conseiller la retraite à ceux qui lui avaient accordé leur confiance , s’il avait eu vraiment égard aux services qu’il en avait reçus . En supposant même qu’il s’intéressât peu aux Volsques et qu’il n’eût suscité la guerre que pour assouvir sa colère et s’arrêter ensuite , il eut tort d’épargner sa patrie à cause de sa mère et de ne point épargner sa mère en faveur de sa patrie ; car sa mère et sa femme n’étaient qu’une portion de cette patrie qu’il tenait assiégée . Repousser avec dureté les supplications publiques , les instances des envoyés , les prières des prêtres , c’était moins honorer sa mère que déshonorer son pays ; car le sauver par pitié et sur les supplications d’une seule femme , c’était donner à croire qu’il ne méritait pas d’être sauvé pour lui - même . Cette concession fut donc odieuse , cruelle , faite à contre ‑ [ 499 ] cœur , et ne lui valut , d’aucune part , de la reconnaissance ; car il ne se retira ni sur la demande de ceux auxquels il faisait la guerre , ni du consentement de ceux qui la faisaient avec lui . La cause de tout cela fut l’insociabilité de son caractère , l’excès de son orgueil et de son opiniâtreté , vice qui , de lui - même , est odieux à la foule , mais qui , joint à l’ambition , se change en humeur farouche et intraitable . En effet , on ne veut point faire la cour au peuple , comme si l’on ne désirait pas les honneurs , puis on se fâche de ne les avoir point obtenus .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10344
celui qui flatte le moins le peuple doit aussi être le moins prêt à s’en venger , puisque le ressentiment , que fait éprouver le refus d’un honneur , ne provient que du vif désir de l’obtenir .
Surlignement (jaune) - Emplacement 10346
5 . Alcibiade ne dissimulait pas qu’il aimait les honneurs et qu’il était désolé d’un échec : il cherchait donc à être agréable et cher à ceux avec lesquels il vivait . Marcius était détourné par son orgueil des hommages à rendre à ceux qui pouvaient lui donner les honneurs et la puissance , et cependant son ambition déçue se tournait en colère et en dépit . Ce sont là , il est vrai , les seuls défauts à reprendre dans ce grand homme : tout le reste brillait d’un vif éclat : sa tempérance , son désintéressement , le rendent comparable aux citoyens les plus vertueux et les plus désintéressés de la Grèce , à l’exception , ma foi , d’Alcibiade , le plus éhonté en pareille matière , le plus indifférent à l’honnêteté .

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